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Certainement, il y a eu quelque égoïste lâcheté dans mon attitude. J'ai craint, une fois ayant quitté l'Asie, de n'y plus pouvoir jamais revenir. Aujourd'hui, c'est chose faite. Puisque je suis, comme toi, de ceux qui n'ayant pas été de l'armée d'aujourd'hui peuvent être de celle de demain, le mieux est de songer à y remplir le rôle dont je suis capable, petit ou grand, peu importe.


Tu m'écris : «Bienheureux sont ceux qu'une foi quelconque en des idées console dans les heures d'isolement et d'amertume. ,» Certes, tu dis vrai; mais plus vrai encore serait-il de dire : «Bienheureux ceux qui ont appris à passer avec sérénité parmi les visions de l'existence, pour qui il n'est plus de solitude, quoique étant seuls et pour qui les coupes les plus amères restent sans saveur. Peut- être qu'après les heures bouleversées que nous traversons, certains auront soif de cette philosophie de l'au-delà des joies et des douleurs, et que ceux d'entre nous qui pourront la leur porter feront oeuvre aussi pieuse et charitable que ceux qui ont versé aux blessés de nos ambulances les potions qui endormaient leurs souffrances. »


Je crois que je reviendrai. Un jour je prendrai congé de mon ermitage, des montagnes, du vieux yogui, sans doute, et je redescendrai pour ne plus jamais le gravir à nouveau le sentier de Dewa- Thang. [...]


Mes amies de la mission qui ne comprennent pas la vie de méditations solitaires me disent souvent «Il faut être une lampe. C'est écrit dans l'Evangile. » Mais encore faudrait-il ajouter : «Il faut être une lampe allumée. » Nous en avons tant, de par le monde de ces «lampes » obscures qui promènent leur inutilité dans les ténèbres qu'elles prétendent éclairer.

Le Bouddha avait vu quelque chose; mais ce quelque chose, la grande majorité de ses disciples ne l'a jamais aperçu et c'est pourquoi leurs discours laissent froid.

J'ai passé, parfois, de très intéressants moments avec l'ami de ton frère Elie, Wilfrid Monod. Il a vu quelque chose, celui-là. Ce quelque chose, moi, je ne le vois pas du tout, mais à côté de W. Monod, quand il parle, on sent le rayonnement de la lampe.

Mon lama yogui, lui aussi, a «vu ». Oh! des horizons fort différents de ceux qui ont apparu à W. Monod! Nous pouvons rester des jours, des semaines à lire, à traduire et puis, soudain, sur une explication, un commentaire que je sollicite, ou qu'il m'offre de lui-même, la lampe apparaît rayonnante et je songe à ce texte pâli qui revient si souvent à la fin des suttas bouddhistes : «C'est comme si, tout à coup, l'on apportait une lampe dans les ténèbres afin que tous ceux qui ont des yeux puissent voir.

Eh bien! si je dois encore et plus que jamais être orientaliste, je prétends à mieux qu'à être une carcasse de lampe sans flamme. Dans l'étude et la réflexion je cherche à voir ce qu'ont vu les Bouddhas. Si je puis transcrire la vision d'une façon vivante et vécue comme ils l'ont fait, peut-être vaudra-t-il la peine d'écrire et de parler. Sinon, à quoi bon, n'y a-t-il pas assez d'écrivassiers et de bavards sur Terre [...]


Source : http://fr.sages.wikia.com/

ADN - Journal de Voyage

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