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Entrainement spirituel, mystiques Tibetains


           Un genre d'entraînement spirituel, pour ainsi dire classique, parmi les mystiques tibétains, est le suivant :

Le maître, après avoir interrogé le jeune moine qui sollicite son admission comme disciple et s'être assuré, en le soumettant à diverses épreuves, que sa résolution est sincère et ferme, lui commande de s'enfermer en tsham pour méditer en prenant pour objet de sa méditation son Yidam, c'est-à-dire son dieu tutélaire. Si le novice n'a pas encore fait choix d'un Yidam, il lui en désigne un et, en général, un rite est célébré pour mettre en rapport le Yidam et son nouveau protégé.

           Il faut que — comme il a déjà été décrit — celui qui médite concentre sa pensée sur le Yidam en se le représentant sous la forme qui lui est propre et muni des accessoires, ses attributs personnels, comme fleur, rosaire, sabre, livre tenu à la main, collier, coiffure, etc...

La répétition de certaines formules et un kyilkhor approprié font partie du rite dont l'objet est d'obtenir que le Yidam se montre à son fidèle. Du moins, c'est sous ce jour que le maître présente l'exercice au débutant.

Celui-ci n'interrompt sa méditation que pendant les quelques heures strictement nécessaires aux repas très frugaux (généralement même un unique repas par jour) et au sommeil très écourté. Souvent, le tsham-pa ne se couche point.

Cette dernière pratique est suivie par un assez grand nombre de lamas riteu-pas, soit pendant des périodes de méditations spéciales, soit de façon habituelle.

Il existe au Tibet des sièges spéciaux dénommés gamti (boîte-siège) ou gomti (siège de méditation); ce sont des caisses mesurant environ soixante centimètre carrés, dont l'un des côtés forme dossier. Dans le fond de cette caisse est placé un coussin sur lequel le lama s'assied les jambes croisées. Souvent, afin de maintenir plus facilement cette posture lorsqu'il s'endort, ou pendant de longues périodes de méditation, l'ermite se sert de la « corde de méditation » (gornthag). C'est une bande d'étoffe que l'on passe sur les genoux derrière la nuque, ou bien sur les genoux et sur les reins, de façon à soutenir le corps. Un grand nombre d'anachorètes passent ainsi les journées et les nuits sans jamais s'étendre. Ils sommeillent de temps en temps, sans jamais dormir profondément et, à part ces courts moments de somnolence, n'interrompent pas leur contemplation.

Des mois, voire même des années, peuvent s'écouler de la sorte. De temps en temps, le maître s'informe des pro- grès de son élève. Enfin, un jour, ce dernier lui annonce qu'il a atteint le but de son labeur. La déité s'est montrée. Généralement, l'apparition a été brève, nébuleuse. Le maître déclare que c'est un encouragement mais non pas un résultat définitif. Il est souhaitable que le novice puisse jouir de la compagnie plus prolongée de son protecteur.

L'apprenti naldjorpa est de cet avis et poursuit ses efforts. Une longue période de temps s'écoule encore. Puis le Yidam est « fixé » si je puis m'exprimer ainsi. Il habite le tsham-khang et le jeune moine le contemple constamment au milieu du kyilkhor.

« Excellent », répond le maître, lorsque ceci lui est annoncé. «Mais il vous faut mériter une plus grande faveur et pouvoir toucher avec votre tête les pieds de la déité, recevoir sa bénédiction, entendre des paroles de sa bouche.

Les précédentes étapes de l'entraînement ont été relativement faciles à atteindre, mais celles-ci sont ardues. Une petite minorité seulement y accède.

Le Yidam finit par prendre vie. Le reclus qui le vénère sent distinctement ses pieds sous son front lorsqu'il se prosterne devant lui, il sent le poids de ses mains sur sa tête lorsqu'il le bénit, il voit ses yeux se mouvoir, ses lèvres s'entrouvrent, il parle... Et le voici qui sort du kyilkhor, qui se meut dans le tsham-khang.

C'est le moment dangereux. Jamais, lorsqu'il s'agit des to-ouos, irascibles demi-dieux ou démons, on ne doit leur permettre de s'échapper du kyilkhor dont les murailles magiques les emprisonnent. Libres, ils se vengeraient sur celui qui les a contraints d'y entrer. Ici, il s'agit d'un Yidam dont la forme est parfois terrifiante et qui possède un pouvoir redoutable, mais dont la bienveillance est acquise à ses Fidèles. Ce personnage peut donc être laissé en liberté dans le tsham-khang. Mieux encore, il doit en sortir et sur le conseil de son maître, le novice doit expérimenter si la déité l'accompagnera au-dehors, à la promenade.

C'est là encore un pas difficile à franchir. La forme qui apparaît et même qui se meut et parle dans lé calme du tsham-khang généralement sombre, parfumé d'encens et où se font sentir les influences dues à la concentration de pensée que le reclus y a effectuée pendant peut-être plu­sieurs années, cette forme pourra-t-elle subsister au grand air, au soleil, dans un milieu tout différent et en butte à des influences qui, au lieu de la nourrir, tendront à la dis­soudre ?

Une nouvelle élimination se produit parmi les disciples. Le Yidam de la plupart de ceux-ci se refuse « à sortir avec eux ». Il reste tapi dans son ombre ou s'évanouit et, parfois, s'irrite et se venge des taquineries irrespectueuses aux­quelles on prétend le soumettre. Des accidents_ étranges surviennent à certains disciples, mais d'autres triomphent et conservent leur compagnon vénéré, qui les accompagne en tous lieux.

« Vous avez atteint le but désiré, annonce le maître au naldjorpa heureux de son succès. Je n'ai plus rien à vous apprendre. Vous avez maintenant acquis la protection d'un inspecteur plus grand que moi.»

Il en est qui remercient et s'en retournent satisfaits et fiers à leur monastère, ou bien s'établissent dans un ermi­tage et, pendant le, restant de leurs jours, jouent avec leur fantôme.

D'autres, au contraire, tremblants et angoissés, se pros­ternent aux pieds du lama et avouent une faute épouvan­table... Des doutes leur sont venus qu'ils n'ont pu réprimer malgré leurs efforts. En présence même du Yidam, alors qu'il leur parlait, qu'ils le touchaient, la pensée leur est venue qu'ils contemplaient une pure fantasmagorie dont ils étaient eux-mêmes les créateurs.

Le maître paraît s'affliger de cette confession. S'il en est ainsi, le disciple doit retourner dans son tsham-khang et recommencer l'entraînement pour confondre une incrédu­lité qui répond bien mal à la faveur insigne que le Yidam lui a témoignée.

Généralement, la foi attaquée par le doute ne se retrouve plus. Si le respect immense que les Orientaux éprouvent pour leurs guides spirituels ne retenait pas le disciple, peut- être céderait-il à la tentation de s'en aller, la conclusion de sa longue expérience le menant vers une sorte de matéria­lisme. Mais presque toujours, il reste. S'il doute du Yidam, il ne doute pas de son maître.

Après quelque temps, des mois ou des années, il lui renouvelle sa confession. Celle-ci est plus décidée que la précédente. Il ne s'agit plus de doute, il est convaincu que le Yidam est né de sa pensée, qu'il est son créateur.

« C'est bien cela qu'il fallait voir, lui dit alors le maître. Dieux, démons, l'univers tout entier est un mirage, il existe en l'esprit, surgit de lui et se dissout en lui.»


Source : http://fr.sages.wikia.com/

Source : Alexandra David Neel, Mystiques et magiciens du Tibet

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