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JIDDU KRISHNAMURTI

Bulletin International de L'Étoile

Extrait du n° 1 de la revue Bulletin International de L'Étoile, (Octobre 1930)

© Edité par « The Star Publishing Trust », 1930

Sommaire
Questions et réponses
Nouvelles d’Amérique, par Yadunandan Prasad
Expérience, par E . A. Wodehouse

Camp d’Ojaï 1930 : Compte rendu des causeries de J. Krishnamurti Modifier

L'action est l'instrument par lequel la vie devient consciente d'elle même. (pp. 15-17) Modifier

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Beaucoup de personnes cherchent l’inspiration, la compréhension, le bonheur en dehors d’elles-mêmes ; mais ce n’est que chercher une satisfaction pour vos pensées et vos émotions qui n’ont aucun rapport avec votre vie réelle et votre action. La véritable sagesse doit découler de l’expérience. L’action est l’instrument par lequel la vie devient consciente d’elle-même. Par action, j'entends l’activité pure, qui jaillit de l'intérieur ; une telle action seule est expérience, d’une telle action seule peut jaillir la sagesse.

Un grand nombre d'entre nous ont d'excellentes idées, d'excellentes théories, et les considèrent comme sagesse. A mon point de vue, ces théories sont inutiles. La vérité s’obtient par la lutte, et cette lutte est une lutte individuelle ; c’est pour cela que j’insiste sur l’individu. C'est seulement par ses propres efforts qu’il peut se rajuster lui-même vis-à-vis de toutes les personnes et de toutes les choses autour de lui, et c’est la vérité en pratique. Savoir agir, c'est-à-dire mettre la vérité en action, naît de l'amour et de la pensée impersonnelle ; c’est cette adaptation pleine de tact qui produit l'harmonie ; c'est par l’action que vous mettez à nu les illusions de la vie.

L’illusion, comme je le disais l'autre jour, est la création du désir, et le désir dépend du choix. Choisissez donc avec soin, pour éviter l’illusion, choisissez l'essentiel.

Beaucoup de gens agissent d'après une idée préconçue de la spiritualité, ordinairement celle que leur a fourni la religion où le hasard les a fait naître. Toute action appuyée ainsi sur l'extérieur porte l’empreinte de la crainte. Considérez la colère, par exemple ; quand vous vous sentez en colère, il ne vaut rien de la réprimer parce que tel ou tel Instructeur l’a dit. Votre tâche est de la comprendre et de la vaincre par la compréhension ; mais pour une telle compréhension, il faut être libéré de la peur.

Vous mêlez toutes sortes de notions à votre idée de spiritualité. Vous imaginez que pour être réellement spirituel il faut jeûner, ne pas porter de vêtement ou subir des mortifications physiques variées ; et vous faites peser sur vos actions toutes ces idées, bien qu'elles n'aient rien à faire avec la vie.

Pour atteindre la vérité, il faut agir et chaque action doit être motivée par un choix personnel ; ce n’est qu’en choisissant, en voyant le résultat de votre choix, que vous pourrez la découvrir par vous-mêmes.

Source : krishnamurtiaustralia.org.







Le désir, c'est la vie elle-même. (pp. 20-23) Modifier

Si vous vous demandez ce que vous cherchez, vous voulez réellement comprendre comment la vie agit comme un tout, ce qu’est la vérité considérée comme un tout. Vous voulez trouver l'universel, au sein de la masse des particularités. Vous voulez comprendre la vie dans les nuances variées de son expression, comment vous pouvez, vous, individu, exprimer cette vie, comment vous pouvez assimiler le bonheur qui est le fruit de la vie. Vous remarquerez que tout individu, avancé ou non, désire comprendre la vie selon sa manière particulière, l’abaisser à son niveau et l’adapter à lui-même. Le philosophe intellectualise la vie, construit des systèmes pour expliquer les choses, et cherchera la vie le long de cette ligne spéciale. Le poète cherchera la compréhension de la vie dans l’harmonie et la beauté des mots, et ainsi de suite. En résumé, chacun veut interpréter la vie suivant ses propres désirs, ou en termes d’un système, ou de la religion à laquelle il appartient.

Si vous voulez comprendre la vérité dans sa totalité, vous ne pouvez l’approcher en suivant une de ces lignes particulières, parce que la vie renferme tout ; elle est au delà de toutes les philosophies, au delà de la guirlande des mots, au delà de la beauté et de la laideur, de la richesse et de la pauvreté ; et cependant, parce qu’elle est au delà de tout, elle est en tout.

Si vous avez un sérieux désir de comprendre, il faut saisir cette plénitude, cette totalité et vous libérer de toutes les fantaisies spéciales du désir. La vie, comme principe intérieur, est la perfection de la pensée et de l’amour ; et le chemin de cette perfection va du personnel à l'impersonnel.

Il y a toujours conflit entre l’intelligence et l’émotion jusqu'à ce qu'ils soient équilibrés dans le bonheur en soi de la vie libérée. Tous les désirs particuliers — du poète ou du philosophe, aussi bien que de l’étourdi qui cherche le plaisir — sont, au fond, le désir du bonheur en soi, du bonheur permanent ; c’est ce que votre propre vie — séparée qu’elle est, prise dans les réactions, poussée par la peur — cherche réellement ; c’est son ultime potentialité qu’elle aspire sans cesse à actualiser... [1]. Toute satisfaction irréelle de ce besoin intérieur que nous appelons désir, s'accompagne, en général, de l’envie de faire partager à quelqu'un d’autre cette irréalité. Je vais expliquer. Vous voulez donner la compréhension et l’amour d'une certaine manière qui est « la vôtre » ; vous êtes blessé quand on ne l'accepte pas ; mais ce don n’est que le don de l'illusion, non de la réalité. Aussi, renferme-t-il une certaine cruauté, car il naît du désir de dominer, de guider, de contrôler c'est ainsi que nous recevons notre moralité bornée. Donner et recevoir aboutissent au même résultat. Donner ne fait qu'affaiblir l'individu ; demander, c’est compter sur une chose extérieure ; la vérité n'a rien de commun ni avec l'un, ni avec l'autre.

La véritable racine de l'un et de l'autre, c’est que vous vous échappez de vous-même : à cela, vous devez résister.

Si vous résistez, que reste-t-il ? Quand vous ne donnez rien et que vous ne désirez rien, qu’êtes-vous ? Vous « Êtes », ce qui est la seule chose positive dans l’homme.

L’être est sans crainte et ne dépend de rien en dehors de lui-même ; aussi, il ne projette pas d’ombre.

Il ne connaît pas la séparation, il est immortel. Et lorsque vous, comme individu, entrez dans cet Être pur, vous devenez l’expression bienheureuse de la vie, parce que vous avez expérimenté toutes choses. Ainsi l’Être est l’épanouissement de la vie. Voilà ce que chacun cherche. Être lui-même ; ne pas dépendre de l'extérieur pour désirer ou donner. Quand Vous êtes devenu cet Être, vous êtes le rayon de soleil dans lequel tout se développe, dans lequel il n’y a rien qui soit bien ou mal, mauvais ou indifférant.

Ainsi ne cherchez pas à comprendre cet Être à travers n’importe quel canal particulier ; il est bien au-dessus de toutes ces mesquines créations de l’illusion. Cherchez-le en rejetant toute crainte, et lorsque vous l'aurez fait, la vie vous montrera ce qu’il faut être.

Samedi 31 mai.

Source : krishnamurtiaustralia.org.







Le désir, c'est la vie elle-même. (pp. 26-28) Modifier

Le désir, contrairement à la croyance générale, est le bien le plus précieux de l'homme. C'est la flamme éternelle de la vie ; la vie elle-même. Cependant lorsque sa nature et ses fonctions ne sont pas comprises, il devient cruel, tyrannique, bestial, stupide. Vous n’avez donc pas à tuer le désir, comme beaucoup de personnes spirituelles essaient de le faire dans le monde, mais à le comprendre. Si vous tuez votre désir, vous êtes comme la branche desséchée d'un bel arbre.

Le désir doit continuer de croître et découvrir son vrai sens à travers les conflits et les contradictions. La compréhension ne peut venir que de la continuité de la lutte ; c’est ce qu'on ne voit généralement pas.

Dès qu'un conflit se produit, que la souffrance naît de ce conflit, on cherche le réconfort. Le réconfort à son tour amène la crainte. La crainte entraîne l'imitation, la recherche d'un abri derrière la tradition. De là naissent les systèmes rigides de moralité, décrétant ce qui est spirituel et ce qui ne l’est pas, ce qu’est une vie religieuse ou une vie non religieuse. C’est la peur de la vie qui crée les guides, les instructeurs, les « gourous », les églises, les religions. Je le sais.

Rien de tout cela ne peut satisfaire un esprit qui cherche vraiment, qui est vraiment révolté. Si vous avez peur, vous désirez vous conformer, écouter tout le monde, devenir une machine, un type, et vous produisez la contraction qui est une mort lente. Ce n'est pas ainsi que le désir peut jamais atteindre son épanouissement. La croissance ne peut se produire que par la libération du désir, et libération ici veut dire affranchissement de la crainte, affranchissement aussi de la cruauté et de l'exploitation qui résultent du besoin de confort, né de la peur. Et cet affranchissement, à son tour, ne peut venir que de l’usure des désirs égoïstes par le contact avec la vie elle-même.

C'est seulement ainsi qu’on peut atteindre la vraie réalité qui est la consommation du désir.

En réalité, croître, c’est apprendre à aimer de plus en plus, à penser de plus en plus impersonnellement, par le moyen de l'expérience.

Le désir, libéré de ses limitations, de l’illusion de la peur, devient la joie, qui est l’équilibre de la raison et de l'amour. De personne], limité, inquiet, exigeant qu'il était, le désir devient, par la souffrance, capable de tout inclure, et croît jusqu’à ce qu’il soit comme le soleil qui donne et ne demande rien en retour. De même, par l'expérience continuelle, en choisissant, en assimilant et rejetant, la pensée devient de plus en plus impersonnelle.

Quand le désir et la pensée sont purifiés, nous obtenons le parfait équilibre entre eux, l’harmonie que nous appelons l'intuition et qui est l'épanouissement de la vie. Cette vie purifiée est la plus haute réalité, et je dis que tout homme, toute femme doit tôt ou tard l’atteindre. Elle n’est pas réservée à un petit nombre, car la vie n'est pas la propriété de quelques-uns ; elle est ce qui lutte pour se réaliser dans tout être humain, et la voie de réalisation est la même dans tous les cas : c'est l’effort, le conflit, la lutte, le choix.

Or, cette réalité la plus haute, j’affirme l’avoir atteinte. Pour moi, ce n’est pas un concept théologique. C'est ma propre expérience de la vie réelle, concrète, définie. Je puis donc parler de ce qui est nécessaire pour l’atteindre ; et je dis que la première chose est de reconnaître exactement ce que le désir doit devenir pour se réaliser lui-même ; puis se discipliner soi-même et surveiller à chaque moment ses propres désirs et les guider vers cet amour total qui inclut tout, vers la pensée impersonnelle qui doivent être la vraie consommation des désirs.

Quand vous avez établi en vous cette discipline, que vous êtes sans cesse en alerte, en observation constante de vos pensées, de vos sentiments, de vos actes, la vie cesse d'être cette chose tyrannique, confuse, ennuyeuse qu'elle est pour la plupart d'entre nous ; elle n’est plus qu’une série d’occasions de croître vers le parfait épanouissement.

Le but de la vie n'est donc pas quelque chose de distant, qu’on doit atteindre seulement dans un lointain avenir ; il doit se réaliser de moment en moment, dans ce Maintenant qui est toute l’éternité. Chaque instant contrôle ainsi l'avenir, car ce que vous êtes aujourd'hui vous rend maître de demain. Pour comprendre la vie et vivre avec cette compréhension, vous devez vous libérer de toutes les illusions que projette le désir dans ses efforts vers la croissance. Et cela veut dire que vous devez être affranchi de la peur, car toutes les illusions sont nées de la peur. Quand vous serez sans crainte, vous comprendrez clairement ce que le désir cherche en réalité et comment il peut atteindre son but. L'homme qui cherche le bonheur et comprend ce qu'il cherche ne doit pas amener le divorce entre ses désirs et ses actes. Sachant ce que le désir veut réellement, il le traduira dans sa vie journalière. En d’autres termes, toutes ses actions manifesteront cet équilibre de la raison et de l'amour, vrai but du désir, parce qu’il est la libération de la vie.

Dimanche 1er juin.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Krishnamurti à Eerde : Réunions d’été 1930 Modifier

La liberté de conscience, c'est la vie elle-même. (pp. 61-63) Modifier

QUESTION.Comment puis-je reconnaître qu'un événement de ma vie est une réaction, comment puis-je le comprendre et en tirer de l'expérience, de manière à en éviter le retour dans l’avenir, si je ne connais pas l’action qui a causé l’événement ou la réaction, ou si je ne puis me la rappeler ? De plus, ayez la bonté d’expliquer comment on peut devenir maître de la réaction. Par une attitude objective et impersonnelle ? Tous les événements de la vie sont-ils des réactions ?

KRISHNAMURTI. — « Comment puis-je reconnaître qu’un événement de ma vie est une réaction ? » Par le sentiment que vous éprouvez à son égard, selon que vous vous sentez enchaîné ou libre. Si vous réagissez du dehors c’est une réaction. Je vais vous donner un exemple. Vous aimez quelqu’un parce que ce quelqu’un vous aime. Une affection de ce genre devient un commerce, une question d'échange, et alors c’est une réaction ; tandis que si votre affection est spontanée, si elle est action pure, elle sort de vous et n'y entre pas. Une affection qui s’épanche au-dehors n’enchaîne jamais, ne retient jamais un autre dans son ombre. Nous savons tous ce que c’est que de réagir, réagir à la bonté, à la méchanceté, à la colère, à la jalousie, et ainsi de suite. Toutes ces choses sont des contacts extérieurs qu’il faut expérimenter pour dépendre de plus en plus de l’action pure, pour découvrir et développer son être pur. Il faut passer par ces réactions d'amitié et d'inimitié, pour arriver à l'action pure qui procède toujours du dedans au dehors. Comment peut-on distinguer l’action pure de la réaction ? On ne peut la distinguer que par sa propre expérience ; il faut voir si, pour son bien-être, on dépend de la réaction ou de l’action pure, si l’on peut se suffire à soi-même dans son être pur, ou si l'on désire ardemment la réaction, si, par conséquent, on dépend des choses extérieures, pour son bien-être et son bonheur.

« Expliquez, de plus, comment on peut se rendre maître de la réaction ? » Par la lutte constante. Prenez la colère, cette chose stupide et très simple. Il s’effectue sans cesse un ajustement entre votre raison qui vous impose de n’être pas troublé et votre penchant à être troublé ; c’est un perpétuel effort d’équilibre. Pour arriver à cet équilibre, il faut un effort continu, il n’y a pas moyen d'y échapper.

« Tous les événements de la vie sont-ils des réactions ? » Pour les gens dont le bien-être dépend de la réaction, mais pas pour celui dont la vie est action pure. C’est très simple quand une fois on a compris l’idée fondamentale. Cette vie limitée à l’individu, cette vie soi-consciente dans l'individu, aussitôt qu'elle s’éveille à la compréhension consciente de son imperfection, est poussée à rechercher la perfection ; et par l'intensité de l’effort qu’elle fait, elle arrive à la cessation de l'effort qui est l'être pur. Jusqu'à ce que l'être pur soit atteint, on dépend de la réaction. Les réactions sont une limitation de la conscience ; l’être pur est la liberté de la conscience.

Samedi 17 juillet.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Le désir, c'est la vie elle-même. (pp. 72-76) Modifier

Ce matin, je vais essayer de décrire, de définir ce qui est réellement indescriptible et indéfinissable ; de mettre en mots ce qui ne peut être réalisé que par un esprit parfaitement stable, flexible, disponible, ardent, dépouillé de tout caprice personnel, de tout point de vue personnel. Il est absolument nécessaire de ne pas être opiniâtre, de ne pas être emprisonné dans les opinions personnelles. La vie est création et vous ne pouvez appliquer à la création les mots « Bonheur » ou « Malheur ». La vie est création, mouvement ; il y a en elle manifestation et non-manifestation, phénomène et absence de phénomène. Ainsi n'abordez pas la compréhension de la vie avec des relations qualitatives, des circonstances spéciales ou des attributs. C'est pourquoi je dis que pour comprendre l'ultime réalité, la fin de la vie, la vie elle-même, il faut l'approcher avec un esprit libéré de tous ces attributs et qualités.

La vie est création et la Nature recèle la vie — c’est-à-dire tout ce qui est manifesté voile la vie en soi. Quand, dans la Nature, cette vie se développe et se concentre dans l'individu, la Nature a rempli son but. (Ceci n’est pas une théorie ; vous pouvez y réfléchir et le constater). Toute la destinée et la fonction de la Nature est de créer l'individu soi-conscient, qui connaît les paires opposées, qui sait qu’il est lui-même une entité consciente et séparée. Ainsi, la vie dans la Nature, en se développant devient soi-consciente dans l’individualité éveillée et concentrée.

C’est l’être séparé, l’individu soi-conscient, qui sait qu’il est différent d’un autre, dans lequel existe la distinction du « Vous » et du « Je ». Quand cette vie soi-consciente dans l’individu, retenue dans l’esclavage des limitations, connaissant la distinction du « Vous » et du « Je », de l'objet et du sujet, s’est libérée de cette limitation, elle a atteint son but, elle s’est réalisée elle-même. Aussi la soi-conscience est un effort. Si vous ne faites un effort contre la limitation, la soi-conscience et l’individualité n’existent plus.

L'individualité n’est pas la perfection ; elle n’est pas un but. Quand l'individualité s'est réalisée grâce à l’effort continuel, démolissant, arrachant la barrière de la séparativité, elle atteint la conscience de l’être sans effort ; la soi-conscience de l’être sans effort ; la soi-conscience dans l’individu réalise la pure connaissance dans laquelle il n’y a ni sujet, ni objet.

Je veux dire que vous devez savoir d'abord vers quoi tend la vie — et par la vie j'entends cette existence individuelle qui atteint son but dans la libération. L'homme qui connaît la séparativité n’est que le sujet, qui est limité ; en lui, l'objet n’a pas encore été réalisé. Il doit comprendre dans quel sens travaille la vie, le but de la vie ; sans cela, l’expérience n’a pas de sens, la création, la perfection, l’unicité n’ont pas de sens.

Si cet individu, dans lequel existe la conscience de la séparation, du sujet et de l’objet, ne comprend pas le but de la vie, il devient seulement l'esclave de l'expérience, de la création. Comprenez donc d’abord le but de la vie, comprenez vers quoi tendent vos luttes, puis utilisez toute expérience, toute émotion, toute pensée pour vous fortifier, et arracher le voile de la séparation.

Pour l’individu soi-conscient l'objet et le sujet sont distincts, et l'objet devient une entité lointaine à laquelle il demande secours, il donne son adoration, son amour, son être entier. N’est-ce pas ce que tout le monde fait ? Pour l’individu séparé, la vie devient sujet et objet ; mais le but de la vie, l'accomplissement de la vie, c’est de réaliser la totalité de l'ensemble — l'être qui n’est ni sujet, ni objet — qui est la vie pure. C’est dans la subjectivité de l’individu que l'objet existe réellement. Dans l'individu se trouve le commencement et la fin. En lui est la totalité de toute expérience, de toute pensée, de toute émotion. En lui est toute potentialité, et sa tâche est de réaliser cette totalité dans le subjectif, c’est-à-dire dans sa propre conscience.

Le but de la vie, c’est d'arriver par une suite d'efforts — de chaque jour, chaque minute, chaque seconde — à cet être pur qui est sans effort — qui ne connaît pas le sens de la séparativité de la conscience individuelle, car la conscience individuelle est l'effort.

Quand vous comprenez qu’en vous-même réside l’univers entier — l’univers de la « vie », non de la manifestation — par l'expérience qui vous porte au dehors, vous retournez inévitablement à la source de toute existence, qui est en vous-même. Ainsi cet être pur, cette vie pure inclut la totalité ; en dehors de cette vie pure existent le temps et l'espace ; en elle-même, il n’y a ni temps, ni espace.

L’être pur, la vie, est au delà du temps, et de l'espace, aussi elle est tranquille, sereine, paisible ; si vous dépendez du temps et de l'espace, vous êtes limité, malheureux. Cet être pur, impersonnel, bien qu’il ne soit ni la pensée, ni l’émotion, ni le désir, est cependant le but de l'émotion, de la pensée, l'achèvement du désir. C’est l'intuition, bien que l’intuition ne soit ni la pensée, ni l’émotion, elle en est cependant le but et l'achèvement. Cette vie pure est impersonnelle ; mais vous devez l'atteindre, par l’effort personnel, par la purification de la pensée et de l'émotion. On ne peut trouver l’être pur dans les choses extérieures, objectives, mais en son propre soi ; et trouver votre véritable soi implique un effort incessant.

Quand vous aurez atteint l’être pur, la vie pure — quand Vous avez trouvé la vérité qu'on ne peut approcher par aucun sentier — il y a cessation de l'effort ; vous vivez alors par la pure intuition qui existe potentiellement dans tout individu soi-conscient. A force de vaincre, en comprenant vos désirs cachés, vos passions, vos espérances, vos désespoirs, vos poursuites vaines, votre besoin d'être consolé et réconforté — en les faisant disparaître graduellement, vous arrivez à la vie libérée qui est le bonheur, qui est la demeure de la pure intuition et de la pure action. Quels que soient les objets qui se présentent à cette intuition, elle donne toujours la réponse juste. Quand une fois vous comprenez le but de la vie, tout objective, tout extérieure à vous qu'elle soit au début, vous serez toujours en alerte, attentif, concentré, pour utiliser chaque expérience, chaque pensée comme un guide vers « cela ». Vous devenez ainsi votre propre libérateur.

Pour un tel homme, la crainte n’existe pas ; il a écarté la cause première de la peur. Celui qui ne compte pas sur les circonstances extérieures pour sa croissance intérieure est maître de l’intervalle entre sa séparativité soi-consciente et son propre épanouissement. C'est la libération, c’est le bonheur — et non les stades intermédiaires qui ne sont qu'illusion de l'esprit. J’espère que vous me poserez des questions à ce sujet ; mais c’est une réalité vivante indescriptible, qui ne peut être réalisée que par vous-même. Je ne puis vous la transmettre. Aussi n’est-il pas bon d’attendre que ce soit moi qui remplisse cet intervalle, ce vide ; mais si vous en êtes conscients, vous le comblerez vous-mêmes ; si vous êtes attentifs au but de la vie, si vous connaissez votre propre existence séparée, votre individualité soi-consciente, vous jetez un pont sur le vide grâce à votre effort incessant. L'homme heureux est celui qui a triomphé de l’effort parce qu'après tout la véritable vertu est spontanée, sans effort. Tant qu'il y a effort vers la vertu, vous n'avez pas encore atteint la vertu ; vous n'êtes pas encore libéré. Vous n'avez pas encore atteint la compréhension, l’être pur, le pur bonheur, la pure intuition. Pour arriver à cela, il faut une attention intense, un continuel effort, l’ajustement, le choix ; il faut l'énergie d'une intelligence éveillée. L'homme qui désire réaliser l'état de libération — le bonheur, la vie pure, l'être pur, doit se rendre compte à tout instant de la véritable valeur des choses qui l'entourent. Cet homme devient illuminé, car il n’est plus l'esclave des choses sans valeur.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Le but de la vie. (pp. 77-79) Modifier

QUESTION.Vous avez parlé hier du but de la vie. Nous comprenons que c’est de ce but de l’existence individuelle que vous parlez. Pouvez-vous développer l'idée que la vie pure ne peut avoir de but ?

KRISHNAMURTI. — Naturellement la vie, l'action pure, la vie pure elle-même, la totalité, la somme de toute la vie n'a pas de but, elle est. Cette vie n'est pas d'un tempérament ou d'une espèce particulière ; elle est impersonnelle. Aussi la vie ne peut-elle être comprise au moyen d'un tempérament, d'un sentier particuliers ; elle est le Soi de toute chose. Mais entre ce Soi et la compréhension qu’en a l’individu, il y a l'existence individuelle, cette tare de la souffrance. Détruire cette individualité, cet ego qui réagit est le but de l'existence individuelle, de la vie avec un petit « v ». Au contraire, dans la Vie avec un grand « V », dans la Vie pure qui n'a plus de but, il n’y a pas de division, il n’y a pas de distinction entre la manifestation et la vie.

Pour l’individu qui est soi-conscient, il y a un but — réaliser complètement, sans qualités, attributs ni rapports spéciaux cette totalité qui existe par elle-même et qui est sa propre cause ; mais dans cette vie-là, il n’y a pas de but. L'individu qui connaît la séparation est en plein dans l'effort (l’effort est imperfection) et pour lui en tant que fragment séparé de cette vie il y a un but. Il faut donc réaliser la réalité de ce Soi qui est être pur, qui est en toute chose, et, en le réalisant, remplir le but de la conscience individuelle séparée. La séparation est limitation, chagrin, douleur, effort. Et c’est dans la douleur, le choix, l’effort, une mise au point constante que l'existence individuelle doit tout le temps s'adapter à cette Vérité. Pour cela il faut qu'elle ait entrevu, qu’elle conçoive cette vie pure, cet être pur qui est la somme de tout effort, et par conséquent sans effort. C’est la somme du bien, un bien dans lequel il n’existe pas d’effort. Comprenant, réalisant cela, elle jettera à bas par l'action spontanée le mur de la séparation. Quand la réalisation, l’union avec cette vie est complète, il n’existe plus, le désir d’une existence séparée, l'homme est toute chose, il est la création, il est la perfection — sans tache, parce que la tare de l’individualité s’est évanouie.

Je sais que la plupart d’entre vous vont aussitôt penser qu’il s’agit d’une annihilation totale : Comment, direz-vous, peut-on atteindre cet état sans la destruction de l’existence individuelle ? Du moment que vous adoptez ce point de vue, votre existence individuelle devient la chose la plus importante, tandis que, du point de vue de la Vie, l’individualité est imperfection, est un simple fragment de la totalité, et c’est parce qu'elle sent qu'elle n'est qu’une partie qu'elle cherche à s'accomplir, à se réaliser dans la totalité. Il faut mettre de côté l’idée que la vérité est le développement de l’individualité. Vous ne pouvez développer ce qui est, de par sa nature même, imparfait, comme c'est le cas pour l'individualité, mais vous pouvez le détruire peu à peu par une mise au point constante. C’est pourquoi, ce qui est d’une importance capitale, c’est ce que vous êtes maintenant, c’est pourquoi vous devriez mettre de côté toutes les théories philosophiques et métaphysiques. Ce qui importe, c’est votre manière de vivre, de vous conduire, d'agir, de choisir — et non de vous demander si le Soi existe ou si ce qui existe n’est pas le Soi, si c’est le moi qui progresse ou le non-moi. Qui se soucie au fond de ces théories ? Ce qui importe, c’est que vous souffrez.

Quand un homme est livré au chagrin, il désire être libre, établir en lui la tranquillité et la paix ; il a besoin de souplesse et d’ardeur et ces qualités ne peuvent être développées que par un choix incessant. Choisir c’est découvrir continuellement la vérité. On doit être tout prêt à une constante mise au point — sans se relâcher une seconde. Ce n’est pas une théorie pour moi parce que je l'ai fait moi-même. Je vous présente ces idées, vous pouvez les prendre ou les laisser. L'homme sage, l’homme qui souffre (et l’homme sage souffre parce qu’il ne cesse de lutter pour trouver) examine, analyse, arrive par la critique jusqu’aux principes fondamentaux et au moyen de cette critique, par un examen impersonnel, prend conscience de la réalité totale.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Notes et références Modifier

  1. Ici K. développe encore une fois les trois stades du désir, comme plus haut. (N. D. E.)

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