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JIDDU KRISHNAMURTI

Bulletin International de L'Étoile

Extrait du n° 2 de la revue Bulletin International de L'Étoile, (Novembre 1930)

© Edité par « The Star Publishing Trust », 1930

Sommaire
Photographie : J. Krishnamurti.
Poème
Ommen 1930, par Lady Emily Lutyens

Camp d’Ommen : Compte rendu des causeries de J. Krishnamurti Modifier

La liberté de conscience, c'est la vie elle-même. (pp. 121-125) Modifier

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Il y a dans la vie de la plupart des gens un tâtonnement continuel, une torturante incertitude, une incessante lassitude de soi-même, parce que dans l’esprit et le cœur de chacun existe la souffrance produite par l’attente de la mort, le désespoir, la solitude, par le manque de bien-être, la pauvreté, par cette existence mécanique qui vous broie et dans laquelle il n’y a ni l’extase de vivre, la joie d’exister, ni l’affection, ni les délices de l’existence impersonnelle. Chacun essaye de trouver la cause de cette souffrance et la manière d’atteindre cette raison, cet amour dont l’essence est harmonie et équilibre. La souffrance existe lorsqu’il n’y a pas d’harmonie intérieure, lorsqu’il n’y a pas d’harmonie entre ce que l’on pense et ce que l’on fait, entre la manière de sentir et la manière d’agir. Chez un homme vraiment cultivé, la pensée, l’émotion et les actions ne sont pas séparées. C’est par là qu’on peut juger la vraie culture. La souffrance est donc causée par la limitation. Lorsqu’il n’y a pas de limitation, lorsqu’il y a l’amour complètement détaché — et non l’amour personnel ou l’indifférence — cet amour qui ne connaît pas les réactions de la sympathie et de l’antipathie, de la séparation, de la distinction, dans lequel n’existe plus le « vous » et le « je », la conscience de l’objet et du sujet, lorsqu’il y a équilibre parfait l’on arrive à la libération. L’homme libéré est vraiment heureux parce que le bonheur réside dans l'être non limité, dans la vie qui ne connaît aucun obstacle et fonctionne sans résistance.

Cette qualité de libération — si je puis l’appeler ainsi sans que vous lui donniez des attributs spéciaux — existe quand on est purement éveillé à toute vie, quand on s’est libéré de toute conscience. Il ne s’agit pas d’expansion de conscience. Je vais expliquer cela ou bien ces mots qui vous sont familiers et ont pour vous une signification très précise vous feront aboutir à une conclusion inexacte. J’emploie les mêmes mots mais en leur donnant une interprétation tout à fait nouvelle.

La conscience implique la soi-conscience. La libération de la conscience n’est pas l’annihilation, c’est l’être pur, c’est cet équilibre délicat qui s’établit lorsque vous connaissez la vraie valeur de toute chose ; c’est l’illumination. Alors vous n’êtes plus encombré de faux jugements. Le jugement exact dépend de l’expérience. Celle-ci doit libérer l’homme de toute conscience car la conscience n’existe que lorsque vous êtes entravé. La limitation produit la conscience. C’est-à-dire que vous êtes conscient de quelque chose qui vous fait obstacle.

C’est alors que la conscience apparaît. Elle naît donc de cette limitation qui est aussi cause de vos souffrances et de vos plaisirs, de vos sympathies et antipathies, de votre avidité, de votre envie, de votre désir de possession, de votre cruauté et de votre crainte. Lorsque vous reconnaissez cela vous devenez conscient de vos limitations. Lorsque vous supprimez toute limitation vous êtes libéré de la conscience. Ce n’est pas là un état de perpétuel sommeil ou de totale annihilation. C’est la libération de la conscience qui est pour moi l’être non limité, la vie, l’action pure. La vie dans sa totalité fonctionne sans aucun obstacle.

En tant qu'ego — l'ego étant l’ensemble des réactions que vous n’avez pas conquises — vous sentez constamment vos limitations, vous êtes donc conscient. Cette limitation éveille le désir de lutter et de vaincre. Par votre lutte contre la limitation vous vous éveillez à la soi-conscience. Or, ainsi que je l’ai déjà dit, la Nature a rempli son but lorsqu’elle s'est réalisée dans l’individu soi-conscient. Mais cet homme soi-conscient est encore sub-humain tant qu’il est dans les griffes de l’avidité, du désir de possession, du désir de s’appuyer sur les autres, tant qu’il craint la solitude et la mort. Il a accompli sa destinée lorsqu’il s’est libéré de la conscience — et cela n’est ni le sommeil ni l’annihilation, mais c’est cette vie libre en action qui est être pur, sans aucun attribut spécial. Elle est sa propre cause, elle fonctionne donc librement et sans obstacle. Un homme libéré n’est pas conscient de vivre séparément. C’est-à-dire qu’en tant qu’individu il a cessé de projeter une ombre. Il est. Il n’est plus limité et agit donc toujours comme il faut, il a toujours la perception juste de toute chose, sans la différenciation du spécial et du particulier. Il est pareil à un phare qui brille constamment et répand clairement sa lumière sur tout objet qui lui est présenté.

Lorsque vous, en tant qu’individu, avez accompli dans cette libération de la conscience la fonction de l’existence individuelle et êtes pleinement éveillé à toute vie, alors la vie fonctionne librement en vous. C’est pourquoi la conscience n’existe pas pour un homme libéré car, ainsi que je l’ai déjà dit, elle implique la soi-conscience. Cet homme est être pur. Appelez-cela, si vous voulez, la pure conscience de toute chose pour le distinguer de la conscience de la limitation.

L’être pur, l’action pure sont nécessaires pour être soi-même la totalité de la vie. Pour traduire cette action pure en bonne conduite — ce qui veut dire être humain et non pas sub-humain, être complètement homme et non pas demi-homme — vous devez être détaché de l’opinion publique. Je vais expliquer ce que j’entends par l’opinion publique : celle-ci n’existe pas pour que vous la copiiez, mais par elle vous pouvez juger vos propres opinions. Vous pouvez alors transcender l’opinion publique, la dépasser, au lieu d’être son esclave. La plupart des gens détachés de toute opinion publique deviennent excentriques, ils donnent de l’importance à des choses qui n’en ont pas. Ce n’est pas là le vrai détachement. Quand un homme ne se soucie pas de l’opinion publique, il se conduit généralement d’une manière spéciale — crûment — s’habille excentriquement, obéit sans retenue à tous ses désirs, rend un culte à d’étranges dieux et d’étranges idées. Je n’appelle pas cela être libéré de l’opinion publique. Ce n’est là qu’une autre manière de vous illusionner en vous imaginant que vous êtes libre. Ce n’est pas par la façon de s’habiller, par de mauvaises manières, par l’insouciance, la légèreté et le manque de contrôle de ses passions qu’on montre que l’on est libéré de l’opinion publique, mais bien par une conduite que l’on s’est imposée soi-même. C’est-à-dire qu’après avoir examiné l’opinion publique et son code de moralité vous vous imposez une ligne de conduite plus sévère qui est le contrôle de soi.

Puis il vous faut être détachés des possessions. Vous pouvez être possédés par les choses ou vous pouvez les posséder, mais pour arriver à l’être pur il vous faut être indifférents à toute possession. Vous devez mettre ce détachement à l’épreuve et voir si vous ne vous illusionnez pas vous-même à ce sujet.

Il vous faut être libérés de toutes les opinions. Plus vos opinions sont fortes et plus vous pouvez vous illusionner. Mais soyez capables de juger impersonnellement, d’analyser clairement, avec détachement, et alors les opinions n’ont plus de pouvoir sur vous. Votre principe central doit être la fin elle-même, et non pas les moyens d’arriver à cette fin. De la fin vous faites ainsi les moyens, le but de l’existence individuelle, et en étant sans cesse conscients de cette fin vous trouvez la manière de la réaliser.

Ainsi donc, la libération de la conscience, dans le sens que je donne à ces mots, n’est pas un état de sommeil ou d’annihilation. Pour moi la conscience n’existe pas en réalité, parce que la conscience naît lorsqu’il y a un obstacle, une limitation. Il n’est donc pas question d’expansion de conscience mais de la libération de toute soi-conscience, de toute conscience limitée ; on arrive à cette libération par l’effort continuel. C’est cet être non limité, totalement libre qui est la vie elle-même, qui est la réalisation du tout, qui est hors du temps. C’est un monde qui n’est pas soumis au temps, un monde sans chemin tracé, une réalité en soi et à laquelle vous ne pouvez venir par aucun chemin parce que toute chose est contenue dans cette réalité.

Vendredi 1er août.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Unicité individuelle. (pp. 131-134) Modifier

J’ai dit que l’individualité naît de l’attachement, et je vais expliquer ce que j’entends par individualité et attachement. L’individualité est l’existence éveillée, soi-consciente, limitée ; étant imparfaite, elle exige l’effort, et de cet effort naît l’attachement. L’effort implique la lutte, et la lutte a besoin de réconfort. La crainte de perdre le réconfort crée l'attachement aux personnes, aux idées, aux dogmes, aux conceptions pré-établies de la vie. Aussi faut-il bien comprendre le but de la lutte, la signification de l’effort. Ainsi, de l'effort engendré par la limitation de l’individualité soi-consciente naît le désir de chercher un abri ; vous restez emprisonné dans cet abri et vous ne désirez plus soutenir la lutte pour vous libérer de cette individualité soi-consciente.

La crainte vous porte à donner à la vérité des attributs consolants, des qualités réconfortantes ; ainsi la vérité devient consolante, agréable, donc personnelle. Si vous regardez au fond de votre esprit et de votre cœur, vous verrez que ce désir poursuivi en secret attribue sans cesse à la vérité les pouvoirs consolants que votre individualité soi-consciente exige dans sa lutte. Vous cherchez à établir une théorie confortable de la vérité, vérité que vous supposez personnelle, encourageante, pleine de compassion et d’amour, etc. Or, pour moi, la vérité inclut tout : l’amour avec ses opposés, la haine, la jalousie, l'avidité, l’envie. Ne vous méprenez pas sur le sens et l'application de cette remarque. Dans la vérité se rencontrent tous les opposés parce qu’elle est le tout. Il faut donc entièrement rejeter le désir de montrer la vérité comme un sanctuaire de réconfort et de consolation, si vous lui donnez cet attribut personnel vous vous attachez à l’individualité et vous soupirez après sa permanence. En d'autres termes, vous cherchez l'immortalité au moyen de l'individualité.

Or, vous, individu soi-conscient limité, ne pouvez dans la limitation atteindre l’immortalité. L’immortalité est la libération de toute conscience : de cette conscience, éveillée en soi-conscience par la limitation, dans laquelle il y a « vous » et « je » causés par la séparation.

L’individualité — qui implique le désir de s’attacher à cette individualité, et l’amour pour d’autres individus — n’est pas une fin en elle-même, L’individualité n’est que la limitation soi-consciente. Quand cette limitation existe, cette conscience existe, et aucune expansion de cette conscience ne peut vous donner l'immortalité. La conscience est créée par la séparativité qui engendre l'effort. La conscience est un effort contre la limitation ; dans la limitation, il n’est pas d'immortalité possible ; l'immortalité se trouve en dehors de la limitation. Là où se trouve l'effort conscient dans la séparation, dans la limitation, se crée l’illusion de « vous » et de « je » et l’on désire prolonger ce « je » à travers le temps, par l’adoration d’un autre « je suis » ; mais si grand, si évolué que soit cet autre « je suis », il reste cependant un autre « je suis ».

Ainsi la soi-conscience fortement éveillée, qui est le « je » cherche sans cesse l'immortalité, la permanence dans la séparativité ; mais il ne peut y avoir ni permanence, ni immortalité pour ce qui provient de la limitation, de l'exclusivité. La limitation n’est que négation ; elle est incomplète, elle n'est pas le tout ; pour cette vie limitée que nous appelons individualité, il ne peut y avoir d'immortalité ; la soi-conscience est éveillée par la limitation, et dans la suppression seule de cette limitation se trouve l'immortalité.

Ainsi le « Je » est la limitation de la séparativité ; vous devez enlever cette cause de séparativité, le « Je » par un effort continuel et concentré, à chaque instant du jour, abattez cette muraille de limitation, et établissez-vous ainsi dans la vraie liberté de conscience. C’est cela l'immortalité, la permanence ; au delà du temps et de l'espace, au delà de la vie et de la mort.

Comme l’immortalité ne peut se trouver dans la séparation, il vous faut rechercher ce qui est permanent, désirer inclure le tout, non la partie, pour la prolongation du « je », non pour un accroissement du « je », mais pour la diminution du « je » ; vous efforçant de vous ajuster sans cesse, de toujours réfléchir, d’être toujours sur le qui-vive. La libération de la conscience est la vie ; ce n’est ni la complète annihilation, ni une condition de sommeil perpétuel, c'est la consommation de tout effort, l'union de tous les opposés ; l'homme sage est celui qui a conquis les opposés et qui est libre de tout effort. Il est la vie elle-même, permanent, parce que lui-même s’est uni avec le tout.

Ainsi, il ne faut plus dépendre de l'attachement personnel. Je sais que vous allez demander immédiatement comment le monde subsistera sans attachement personnel. Le monde n’est pas autre chose que vous-même multiplié, et si votre effort individuel conquiert la séparativité, vous élevez le niveau du monde. C'est pourquoi j’insiste sur la conquête individuelle de la séparation. Celui qui l’a conquise est libéré ; il est devenu la totalité ; il est un avec l’esprit libre, l’amour libre, illimité, inconditionné.

Pour renverser ce mur de division, il faut avant tout être détaché — le détachement menant à l'action. Le détachement sans but n’est que négation ; mais dirigé vers un but, il devient positif, actif, il guide la conduite ; tandis que le détachement qui ne mène à rien devient indifférence, négation, et la négation, encore une fois est source de souffrance, de limitation, de douleurs.

Lorsque le détachement de tout ce qui est produit par la séparation soi-consciente entre « vous » et « je » mène à la conduite droite, à l’action juste, ce détachement vous mène à l'être positif, à la connaissance pure, à l'intuition qui est la totalité de la vie elle-même.

Samedi 2 août.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

L'homme civilisé. (pp. 174-176) Modifier

QUESTION.Répondant hier à une question sur l'homme civilisé qui ne demande rien pour lui-même à personne, vous avez dit : « On est obligé de faire des compromis dans les choses physiques. » Cela peut très bien créer un malentendu. Pouvez-vous vous expliquer davantage ?

KRISHNAMURTI. — Pour avoir une explication il faut considérer le désir. Le désir recherche le bonheur de bien des façons et dans sa recherche fait naître des conflits. Un homme poursuivra le bonheur sous une multitude de formes — possessions, fortune, maisons, luxe des vêtements, tous les besoins de la civilisation moderne. Ensuite ses jouissances deviennent plus raffinées, mais il cherche toujours le bonheur. Il ne le trouve pas là non plus et il devient alors indifférent, ce qui est une manière négative de se délivrer de la douleur — ce n'est pas un état positif. Il doit donc encore souffrir jusqu’à ce qu’il ait atteint ce véritable état d’être qui est le suprême bonheur.

Quand j'ai dit hier qu'on est obligé de faire des compromis dans les choses physiques, comprenez, je vous prie, ce que j’ai voulu dire. Il doit y avoir un détachement total de toute chose : du désir de confort, des possessions, des jouissances grossières ou subtiles, et cela non par crainte ou par soumission mais parce que vous le désirez vous-même, et de ce désir naîtront l’extase et l'activité de l'être pur. En disant que nous devons faire des compromis dans les choses physiques je voulais dire que je dois par exemple mettre un vêtement mais qu’il est inutile d'en avoir des centaines ! Le bonheur ne se trouve pas dans cette direction. Vous devez avoir un certain minimum de possessions, mais sans y être attachés. Alors vous êtes libres, indifférents à ces choses ; c’est pourquoi j’ai commencé par dire : Examinez vos désirs, découvrez s’ils s'attachent au confort, à la popularité, au luxe, à toutes les innombrables idiosyncrasies de l’homme — ou plutôt de celui qui n'est pas encore humain. Après un examen approfondi et de sérieuses réflexions, vous serez libérés de ces choses, et alors il ne sera plus question de compromis. Mais pour reconnaître la direction de vos désirs une concentration et une réflexion profondes sont nécessaires. On peut bien renoncer à la toilette, à fumer, à manger de la viande, etc., et cependant s’accrocher passionnément à d’autres formes de désir. C'est par un détachement absolu et sans compromis d'aucune sorte que l'on arrive à la réalisation totale de la vérité. Vous pouvez être dégagés des attachements physiques, du désir de confort, mais si vous désirez un abri contre la crainte, un sanctuaire mental où prendre refuge, des idées réconfortantes pour y puiser de la consolation, alors vous n'êtes pas vraiment détachés. En tout cela il ne faut pas de compromis. Quand cet attachement inquiet à ce qui est grossier, subtil ou sans forme a pris fin, de ce détachement naît l’extase d'être qui n’est autre que l'équilibre d’un parfait naturel.

Mercredi 6 août.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

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