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Bulletin de L'Étoile N°3 Mai-Juin 1932

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JIDDU KRISHNAMURTI

Bulletin de L'Étoile

Extrait du n° 3 de la revue Bulletin de L'Étoile (Nouvelle série), (Mai-Juin 1932)

© Edité par « The Star Publishing Trust », 1932

Sommaire
Intuition et Individualité
Les Problèmes de la Vie
Questions et réponses.

Causeries à Ojaï (III) Modifier

La liberté de conscience, c'est la vie elle-même. (pp. 71-72) Modifier

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Le passé est la mémoire, c’est-à-dire la compréhension incomplète de l’expérience d’hier. Les pensées, les émotions d’hier, si vous ne les avez pas pleinement comprises, créent la mémoire de l’insuffisance. Aujourd’hui subsiste alors la mémoire d’hier. L'insuffisance d’aujourd’hui — le manque de compréhension — crée le lendemain, de sorte qu’il existe une continuité de mémoire, qui est le temps. Quand l’action est complète aujourd’hui, il n’y a pas de demain. Hier domine, si la compréhension de l’expérience d’hier n’est pas complète. Un désir non compris dans le présent crée le temps. Demain n’est que l’insuffisance d’aujourd’hui qui fait qu’on éprouve le désir d’une continuité. Examinez une expérience, et vous comprendrez ce que je veux dire. Si vous aimez quelqu’un, il y a dans cet amour le désir de posséder ; mais dans cet amour il y a aussi un sentiment intense qui n’est d’aucune personnalité, cette claire affection qui ne connaît aucune distinction. Dans votre esprit vous entourez cet amour d’attractions, de conflits, de désirs, de jouissances. Si vous pouvez libérer votre esprit des distinctions, vous parvenez à connaître l’amour, qui est la véritable essence de la réalité, qui ne connaît ni unité ni séparation, qui est sa propre éternité.

Considérez l’expérience de la mort. L’affliction de la mort n’est qu’un conflit entre la solitude et l’amour. Quelqu’un que vous aimez est mort, vous vous sentez seul, donc vous êtes affligé. La compréhension complète de cette expérience consiste à connaître l’amour qui n’a pas de distinctions. Quand vous éprouvez cet amour qui ne connaît pas l’ « autre » en tant que votre femme, votre enfant, votre mère, votre frère, votre ami, alors il n’y a pas de mort. Si vous ne comprenez pas pleinement l’expérience de la mort, vous vous accrochez à une continuité, vous aspirez passionnément à être uni à la personne que vous avez perdue. De là surgit l'idée d’une vie après la mort, l’idée de réincarnation, l’intense désir d’une continuité de la conscience de soi. La mémoire d’hier n’existe que tant que la compréhension de l’action est incomplète. Pour avoir la pleine compréhension d’une expérience, on ne doit pas baser sa pensée sur une croyance, ni sur un stimulant, mais on doit vivre intensément dans le présent. On est ainsi libre de l’idée du temps.

Donc la conscience de soi est mémoire, continuité. La mémoire ne confère pas la compréhension ; la compréhension n’est pas engendrée par la répétition. Ce qui vous donne la compréhension, c’est le fait de libérer votre esprit de l’illusion de l’individualité, et de vivre intensément dans le présent, ce qui veut dire comprendre pleinement chaque expérience. Je voudrais que vous réalisiez la joie de la vie, la plénitude de la vie, et que vous ne soyez pas les esclaves des variations de la douleur, des angoisses, des peines, des désirs inassouvis.

31 janvier 1932

Source : krishnamurtiaustralia.org.

Causeries à Ommen (Réunion de l'été 1931.) VII Modifier

La liberté de conscience, c'est la vie elle-même. (pp. 75-80) Modifier

JE veux montrer que, bien que l'individualité, l’ego, doive se dissoudre et disparaître, il y a continuité de cette essence éternelle qu'est la vie. Bien que le corps, ainsi que les sensations particulières, et les pensées limitées, doivent s'user, on peut pourtant réaliser cette vie, qui n'a ni divisions, ni distinctions entre le « vôtre » et le « mien », qui est complète. L'individualité est l'effort. L'effort crée la conscience de soi. On devient conscient grâce à son propre effort, conscient d'être, soi-même, celui qui fait l'effort. On devient conscient de soi par l'effort, le choix, les luttes, et cet effort donne l’impression que l'on a de vivre. La lutte qui existe entre les opposés donnent le sentiment qu'on est éveillé, vivant, énergique, et crée l’illusion de l'individualité, du sens de séparation. Dans l’individualité, j’inclus la personnalité, les particularités, l’ego, la conscience de soi. Il y a effort tant qu'il y a individualité. Vous direz : « Si l'on supprime l’effort, qu'est-ce qui subsiste ? Éliminez les opposés, et où serai-je ? Enlevez-moi la conscience que j'ai de moi-même, et que deviendrai-je ? Si mon corps, mes émotions et mes pensées disparaissent, que reste-t-il ? Une telle question surgit, si je puis dire, de l'idée que ce qui est transitoire peut devenir éternel. Vous voulez en somme que votre corps et votre pensée soient éternels.

Or, je dis que l'on trouve la compréhension de l'éternel dans ce qui est transitoire. L'ego doit disparaître, et dans le processus de la dissolution, la vérité, la totalité, est réalisée.

La Réalité, la Vérité, demeure au delà de ce seuil qu’est la conscience de soi ; elle est libre de toute qualité, de toute opposition, et pourtant elle est l’aboutissement de la compréhension qu'on a des qualités et des oppositions. L’harmonie consiste à se délivrer des opposés ; cette harmonie engendre une nouvelle compréhension ; et celle-ci est le commencement d’une lucidité qui n'est pas la conscience de soi. La lucidité ne contient aucun élément de la personnalité, tandis que la conscience de soi est la totalisation de la personnalité. En comprenant les opposés, et en s'en délivrant, la réalisation de cette vie se trouve engendrée.

La vie est cette harmonie de la pensée et du cœur. La pensée, la volonté, le désir, les opinions, les passions, les sensations, les sentiments, les attractions et les répulsions, ne sont que le commencement de la conscience. Lorsque existe l'harmonie, la pensée n'est plus emprisonnée par des opinions, parce que les opinions appartiennent à la conscience de soi, et toute conscience de soi est limitée. L’idée, la volonté, l'imagination, appartiennent à l'individualité. Je parle de la vérité ultime, qui ne peut être réalisée par chacun que par le plein développement de la conscience de soi, et en se délivrant de cette conscience de soi. Ne pensez pas être libérés de la volonté, de l'idée, de l'imagination, lorsque vous êtes encore dans les entraves de la conscience de soi.

La pensée, bien qu’elle soit emmurée par la personnalité, doit toujours chercher, en se libérant des limitations, à ne pas comporter d’effort. La vie est intelligence, c’est-à-dire la totalisation de tout ce qui est essentiel. C'est la pensée qui corrompt l’amour, et c’est en rendant la pensée parfaite, par l'intelligence, qu’on libère l'amour. Parce que l'amour ne comporte pas en lui-même de distinction entre le « vous » et le « je », il est complet en soi, il ne dépend pas d'une autre personne pour son expression, pour sa croissance, pour sa félicité. Il est son propre sujet, et son propre objet. Il est libre de répulsions et d'attractions. Cet amour peut être réalisé, non pas en supprimant l'émotion, mais seulement en la comprenant. C’est par l'intensité de cette constante compréhension que disparaît la personnalité. C’est par l'intensité seule qu’on peut perdre ses limitations et non par la suppression. Plus les émotions sont puissantes, plus disparaît rapidement tout sens d’égoïsme, toute conscience de soi, en cédant la place à l’amour. Cet amour ne comporte ni sensation ni émotivité ; la sensation n’est qu’attraction et répulsion ; l’émotivité est une stimulation extérieure. Cet amour est complet, il est sa propre éternité. Quand la pensée est consumée par le coeur, il y a harmonie ; alors seulement se produit la pleine réalisation de la vie. Cette vie est le bonheur : non point le bonheur en tant que l’opposé du malheur, non point le bonheur de l'émotion à son paroxysme, mais le bonheur de la totalité, qui ne comporte pas de division entre le « vous et le « je », qui se soutient lui-même, qui est au delà du temps, de la naissance et de la mort. Il est cette calme et tranquille sérénité intérieure qui ne cesse de se renouveler elle-même. Cette vie est pure action, libérée de toute conscience de soi.

Grâce à la plénitude de la conscience de soi, qui est le vrai détachement, l’homme, dans l’extase de la solitude, réalise l'ultime Réalité. Bien qu’il puisse parfois en saisir une vision fugitive, cette Réalité ne devient permanente que lorsque l'homme se délivre complètement de la conscience de soi, à la dissolution totale de l’individualité, cette dissolution étant la plénitude de la vie.

L’effort est la conscience de soi, et tant qu existe l’effort, l'action est limitée. Il y a une action qui n'est pas éveillée à la conscience de soi, qui est engendrée par ce qui n'est pas essentiel, par l’ignorance ; et il y a une action qui surgit d'un mélange de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, de la compréhension et de l'ignorance. Cette dernière action enchaîne ; elle est un début de conscience de soi. Il y a encore l'action pure, essentielle, libérée de toute conscience de soi, de toute ignorance. Une telle action est la compréhension de la vie elle-même et elle n'a par conséquent aucune qualité qui enchaîne ; elle est sans forme.

Considérez l’action engendrée par l'ignorance. Elle n’a pas même connaissance des oppositions, et ne s'occupe que de ce qui n'est pas essentiel. L'homme qui est pris dans cette action-là, souffre dans le cercle de l’esclavage, sans connaître la façon de se délivrer. C’est-à-dire qu’il s’entoure de ce qui n'est pas essentiel, et bien qu'il souffre dans ce cercle d'ignorance et de futilité, il n'a pas le désir de liberté.

Considérez l'homme qui accumule des richesses. Dans l’acte d'accumuler, il souffre, il est cruel, il recherche le plaisir que procure ce qui n'est pas essentiel. Amassant continuellement, il s'accroche à sa richesse sans apprendre sa vraie valeur, qui est le fait d'en être détaché. Bien qu’il soit actif dans l'accumulation de ses richesses, cette action-là ne le conduit qu'à l'ignorance. Il n'a pas appris à distinguer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas. Donc son action l’enchaîne à l'ignorance.

Un autre exemple est le culte. Le culte, lorsqu'il s’adresse à quelqu'un, n'est qu une action qui conduit à ce qui n'est pas essentiel, à l’ignorance. En s’appuyant sur une personne, ce qui est un culte, on ne compte plus que sur elle. Compter sur quelqu'un pour votre salut, pour accomplir vos espoirs, ne conduit qu’à l’ignorance, car cette poursuite de ce qui n’est pas essentiel ne comporte pas encore le discernement de l'action vraie.

Et encore, il existe un sens possessif qui ne s'attache pas à la fortune, mais qui est le désir de posséder quelqu'un. Dans ce désir, on souffre, on est jaloux, cruel, irréfléchi ; et si l'on ne comprend pas l'amour, qui est un détachement sans indifférence, on ne fait que poursuivre une action qui conduit à l'ignorance, et on est encore emprisonné dans ce qui n'est pas essentiel.

La majorité des personnes sont retenues dans la douleur, sans en comprendre la cause. Elles s'entourent de ce qui n’est pas essentiel, elles construisent autour d’elles-mêmes un mur d’irréalités, et souffrent dans cette cage. Bien qu’elles soient plongées dans la douleur, elles ne se libèrent pas, et sont constamment retenues en étroit esclavage, sans connaître l'extase de la libération. Mais une telle action, en elle-même, n'enchaîne pas, car elle est engendrée par l’ignorance inconsciente. L'action n’enchaîne que lorsqu'elle contient à la fois l'ignorance et la compréhension, lorsqu'elle est un mélange confus de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, lorsqu'elle comporte un effort, lorsqu’il y a choix.

L’éveil de la conscience de soi est la réalisation de la différence qui existe entre l'essentiel et le non-essentiel, entre les vraies valeurs et les valeurs fausses. Alors cette action devient une chaîne, mais ce n'est qu’à travers cette action qu'on peut se libérer. Ceci n’est pas aussi difficile que cela en a l'air. Aussitôt que vous essayez de découvrir des valeurs vraies, il y a l’effort du choix, qui cause la souffrance. Quand le désir est réduit à l’esclavage par la peur et par le réconfort, l'effort du discernement crée l'illusion. Grâce à cet effort, on parvient à la pleine conscience de soi.

La plupart des personnes sont retenues prisonnières entre ces deux actions : celle qui conduit à l'ignorance, et celle dans laquelle est une confusion de l’essentiel et du non-essentiel. L'action de l'ignorance est celle dans laquelle n'existe absolument aucun discernement, celle dans laquelle existe la douleur, mais non pas la compréhension de sa cause. Il y a ensuite l’action qui inclut à la fois l’essentiel et le non-essentiel. En d’autres termes : tant que vous ne possédez pas une véritable compréhension de votre action, l'ignorance ne se dissipe pas. En vous rendant compte de la différence qu’il y a entre l'essentiel et le non-essentiel, vous connaissez la conscience de soi. Quand il y a effort et choix, il y a douleur ; et il faut qu’il y ait douleur, tant que l'homme est retenu par un choix à faire entre l’essentiel et le non-essentiel. Examinez-vous, Vous verrez que vous avez des désirs secrets que vous n’avez pas compris, et si votre action est engendrée par ces désirs, alors, au lieu de vous libérer, l’action vous retient de plus en plus dans les griffes de la douleur. Mais en devenant conscient de soi avec acuité, c'est-à-dire en s'examinant, en se concentrant en soi, en étant réfléchi, on commence à choisir, à discerner l'essentiel parmi le non-essentiel. Le choix est une continuelle découverte de la vérité. Dans le véritable discernement se trouve la liberté, la réalisation de l'éternel, l'extase qui se renouvelle sans cesse elle-même. Le bonheur consiste à demeurer dans l'essentiel.

La vérité est sa propre éternité ; en elle il n'y a pas de divisions, en elle il n'y a pas d’opposés, bien qu'elle soit l'aboutissement de toutes les oppositions. Cette plénitude, qui est au delà du temps, existe en tous les temps et en chacun. Cette Réalité ne peut être perçue qu'au moyen de l'individualité, bien que l'individualité doive se dissoudre. Toute action doit conduire à cette Réalité ultime, puisque sans cette plénitude il y a douleur. L'action engendrée par la conscience de soi est une limitation, elle enchaîne, et par conséquent elle ne conduit pas au bonheur ; elle est un effort incessant. Cette action vous rendra semblable à un écureuil qui tourne sans arrêt dans sa cage. Avant que vous ne puissiez réaliser cette pure action qui est la vie elle-même, l'action doit être délivrée de toute conscience de soi. Pour percevoir cette pure action qui est spontanée, vous devez chercher à voir si vos actions sont prisonnières de l’ignorance, ou si elles sont prises entre l’essentiel et le non-essentiel.

Ommen 1931. VII.

Source : krishnamurtiaustralia.org.

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