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DANIEL GIRAUD

Les idées de Krishnamurti

Extrait du n° 242 de la revue Défense de L'homme, (Janvier 1969).

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CONSACRER un article à un des derniers grands Sages de notre civilisation comporte des difficultés. Je ne prétendrai pas enserrer, enfermer la pensée de Krishnamurti en si peu de lignes mais au contraire l’aérer en n’en donnant qu’un petit aperçu au lecteur. Il existe plus de similitudes que d’oppositions entre lui et le courant libertaire en général, individualiste en particulier mais d’un individualisme peut-être assez « humaniste » par endroits, côté que personnellement je n’apprécie pourtant pas. Si cet article pouvait inciter à s’intéresser à Krishnamurti et à le comprendre, cela me suffirait... Je ne m’adresserai pas aux hommes dont les préjugés entravent la compréhension. Ceux qui, par exemple, bondissent à priori à la consonance de son nom ou à l’aspect de son teint basané typiquement orientaux, le ratta chant automatiquement à une tradition mystique. Il ne faut pas oublier que Krishnamurti a toujours déclaré n’appartenir ni à l’Orient, ni à l’Occident puisqu’il s’est libéré de toutes les traditions des uns comme des autres.

Il est né à Madras, dans le sud de l’Inde, en 1896 ; dès treize ans, Annie Besant « vit » en lui un nouveau Sauveur, un grand « instructeur du monde », prophète naturellement, d’un certain courant spiritualiste : le mouvement théosophique. « L’ordre de l’Etoile » le prit alors sous sa coupe, lui offrant une vaste propriété en Hollande et des disciples à profusion dans le monde.

Peu de temps après la mort de son jeune frère Nityananda (« prévu » pour le seconder), Krishnamurti se libéra de tout ce système religieux : « J’ai pulvérisé le rocher même sur lequel j’ai grandi » et, vers 1929, ne se voulant ni suiveur, ni suivi, il repoussa cet organisme mystique (et mystificateur) ainsi que les « biens » qu’il lui avait offerts, puis partit, seul à travers le monde, exprimer sa pensée ou plus exactement pour faire découvrir à ses auditeurs « le penser » : « Chacun doit apprendre à se délivrer par lui-même ». Dans ses causeries, ses entretiens, il ne s’adresse à aucun groupe, à aucune classe particulièrement, et c’est avec des phrases simples et à la portée de tous qu’il parle...

L’idéal (« la projection du contraire de ce que nous sommes »), l'Eglise, l’Etat, la civilisation, etc., conditionnent et entravent la mutation de l’individu, « l’explosion totale » de l’inconscient, alors qu’il faut « crever les mots », « mourir au temps »... La peur (de la mort, par exemple) est entretenue par le temps et les illusions ; elle cesse sitôt conçue l’idée du phénomène unitaire et harmonieux de deux fausses contradictions — vie et mort.

Krishnamurti est donc affranchi de toutes les croyances, sur le plan religieux (Christianisme, Mahométisme, Bouddhisme, Hindouisme, etc.) comme sur le plan politique (Gauche, Droite et leurs dérivés). Il repousse de même les guides spirituels : « les gourous existent pour exploiter les gens de différentes façons » et il s’oppose à la méditation yogique qui est, dès le départ, une concentration anti-naturelle sur un sujet, une pensée isolés à priori du concept mental.

La création véritable, l’amour, ne vient qu’après avoir fait table rase des connaissances, des croyances, etc., et avoir atteint le vide intérieur. Selon Krishnamurti, cela ne peut se réaliser qu’au-delà du « moi » car « être intelligent c’est être sans ego » ; encore faudrait-il s’entendre sur le sens et la définition de « l’ego » ; détruire le « moi » étriqué et dérisoire, d’accord Krishnamurti, mais n’existe-il pas un autre « moi » moins artificiel, superficiel et plus profond, plus resplendissant ? Il y aurait alors deux « moi » distincts, le premier, « l’ancien », devant être éliminé au profit du second, « le neuf ». Bien sûr, puisque Krishnamurti condamne « l’oubli de soi » par l’identification (à une personne, un parti, un pays, une idéologie, un dieu) car il le considère comme une fuite.

Il conseille la lucidité passive, conscient des processus des sentiments et des actions, et remarque que : « toute discipline imposée nie la liberté, qu’elle soit politique ou religieuse ». Il importe donc de découvrir le processus de nos conflits pour atteindre la liberté. « Pour mettre fin à la guerre extérieure, vous devez commencer à mettre fin à la guerre en vous-même. »

Les prières sont des supplications, la plupart des méditations, des exclusions d’idées au profit d’une seule : « Par des prières, des disciplines, des répétitions et tout le reste, vous pouvez provoquer une certaine immobilité mais qui n’est qu’un abêtissement par lassitude car vous avez drogué votre esprit » ; les « consciences torturées » qui prient, récitent et abêtissent le moi déjà décervelé par une éducation basée sur la compétition, la spécialisation, la course au succès.

Pourquoi donc tout étiqueter ? « Nommer les choses est une façon commode de s’en débarrasser » et cette phobie du classement fait oublier « ce qu’il y a derrière l’étiquette », les mots remplaçant les sentiments et l’intuition, alors qu’il serait plus profitable de vivre l’expérience en s’observant instantanément : « l’observateur de tout ce processus libère l’esprit de son centre ».

Krishnamurti répond à ceux qui cherchent un but, un sens à la vie pour pallier à leur médiocrité : « La vie a-t-elle un sens ? un but ? Vivre, n’est-ce pas son propre but et son propre sens ? »...

Les esprits simplistes pourraient croire qu’il esquive les questions qu’on lui pose, il n’en est rien ; simplement, il n’affirme pas catégoriquement des « vérités » dogmatiques et l’homme, ayant perdu l’habitude de réfléchir par lui-même, n’arrive pas à saisir, à comprendre une pensée qui ne s’impose pas, qui n’en impose pas.

Sur certains points, on est incité à demander des précisions, poser des questions, comme par exemple : En admettant qu’un individu se soit réalisé totalement par une lucidité sans failles, et qu’il crée véritablement, comment donc cet individu, continuant à évoluer dans un monde de relations, peut-il se défendre devant l’attaque de ses « semblables » qui ne sont pas arrivés à son niveau ou qui sont si éloignés de son état ? Comment peut-il préserver son individualité contre des agressions constantes ?

Chacun peut désirer des explications, des mises au point auxquelles Krishnamurti répondra clairement et simplement comme à son habitude... « L’Etat sacrifie le présent au futur, se réservant toujours l’alibi du futur, il considère que le futur seul importe, et non le présent. Mais, pour l’homme intelligent, le présent est de la plus haute importance, le maintenant et non pas le demain. Ce qui est ne peut être compris que si le futur s’évanouit. »

Krishnamurti, un homme sans drapeau, libéré de toutes croyances, de toutes « psycho-drogues », renvoie bien entendu, comme tous les grands Sages, l’individu à lui-même car la liberté dérive de la lucidité individuelle, elle « est », par l’attention, l’observation intérieure permanente : « La Connaissance de Soi »... (pp. 32-33)

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