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                 L’ABANDON ET L’ATTENTION


  (...) l'esprit d'abandon ne peut être permanent pour être lui-même il doit alterner avec son contraire, l'esprit de résistance. Par nature, il n'est pas continu. L'expérience est commune : nous nous obstinons à lutter contre la volonté divine, telle qu'elle se matérialise dans les circonstances de notre vie, puis nous trouvons d'une manière ou d'une autre la grâce de nous y soumettre - pour un temps et ensuite le processus pitoyable s'enclenche à nouveau !
L'abandon arrive. Mais hélas, comme Ramana Maharshi le dit bien, ce qui vient s'en va. Comme les pensées et les sentiments (fussent-ils profonds, illuminés ou même divins), il est impermanent. Puisqu'il s'agit d'un état d'esprit spécifique, avec ses caractéristiques limitées, non seulement il comprend son opposé et s'en nourrit, mais
il a toujours tendance à y retomber.
  Ces constatations évidentes mais négligées font que l'abandon ne peut pas se cultiver. Il est inutile d'y penser, de faire des lectures sur ce thème, d'essayer de susciter ce sentiment par la prière, la prosternation, ou de n'importe quelle manière. L'ennui avec cette expérience si désirée est qu'elle fluctue constamment, et évidemment, elle semble le moins à notre portée lorsque nous en avons le plus besoin. Nous n'avons aucune prise sur le « lâcher prise ». Qui donc, en effet, peut sentir quoi que ce soit sur commande ? Dans ce cas-ci, nous nous trouvons particulièrement exposés à l'échec et au ridicule. Cultiver ce qui doit venir naturellement ou pas du tout, se donner du souci pour trouver le calme, s'efforcer de ne pas faire d'efforts, s'obstiner au détachement, s'éreinter pour arriver à être détendu : toutes ces disciplines insolites ne peuvent nous mener à rien. Finalement, nous devons renoncer à toutes ces tentatives de renoncement.
  N'y a-t-il donc rien à faire pour résoudre ce problème ? L'envie de lutter contre    la   Nature  des   choses  alterne   en  nous   avec l'acceptation réelle (ou mitigée) de tout, et même du pire. Cette alternance qui structure nos vies, allons-nous l'accepter ? Ou plus vraisemblablement tenter de la briser ?
  Non. La méthode directe qui consiste à maîtriser nos sentiments s'avère infructueuse, mais il existe une « méthode » indirecte bien plus prometteuse. Le problème peut être résolu - pas à son propre niveau ni en ses propres termes - et il peut l'être totalement.
  La solution est l'ATTENTION, l'attention au lieu de l'intention. L'attention à ce qui est, et non la recherche de ce qui devrait être. Attention à ce que les choses sont déjà, en écartant toute tentative pour les transformer. En fait, l'attention totale est l'abandon, et l'abandon total est l'attention.
  Attention à quoi ? Attention à ce qui vous est donné, ici, au lieu précis de votre présence, en ce moment, l'esprit détaché de tout autre lieu et temps. Et pour découvrir ce qu'est l'attention, il est inutile de vous contenter de lire : vous, cher Lecteur, ce que vous avez à faire, c'est de regarder maintenant ce qui se trouve juste en face de cette page imprimée, de porter votre regard vers Celui qui voit, vers le Lecteur - s'il y en a un. N'est-ce pas un fait qu'il n'y a ici rien qui ressemble à une chose, seulement un espace rempli de ce qu'il voit (deux mains tenant ce livre, et entourées de formes colorées) ? Qu'y a-t-il ici où vous êtes maintenant, si ce n'est une Conscience sans tache ou une Capacité, privée en elle-même de tout son, odeur, goût, couleur, forme, opacité, complexité, mouvement - et en cela même parfaitement conçue pour recevoir tous ces éléments ? Une disponibilité remplie, n'est-ce pas ce que vous êtes en ce moment même, de façon évidente et immédiate ?
  Cette vue-vers-l'intérieur, cette attention à ce que l'on est toujours (qu'on s'en rende compte ou non), cette découverte de ce qui est au-delà de tout perfectionnement (car ici il n'y a rien qui change ou qui puisse être changé) - voilà le seul et véritable abandon total. Il nous fait renoncer à toutes les prérogatives, toutes les qualités et fonctions que nous avions revendiquées jusque-là, il met fin à nos prétentions à être quelque chose, à être quoi que ce soit. Pas un atome de substance, pas une pointe de sentiment, pas l'ombre d'une pensée ne peuvent survivre dans
l'atmosphère raréfiée du Centre. Ici, il ne reste que l'attention, la vigilance, la pure conscience-de-la-conscience, vide de tout contenu et de toute qualité, et Ceci ne va ni ne vient. Voici l'abandon même, qui inclut l'abandon de tout temps et de tout changement. Nul ne peut réaliser cet Abandon : nous le sommeséternellement.


                                Douglas Harding « Vivre Sans tête »
                                      Ed. Le courrier du Livre P 92-

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