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Jiddu Krishnamurti : L'Essence de l'enseignement

FRANÇOIS GAUVIN

Cultiver la simple observation

Extrait du n° 45 de la revue Le Point Références, (pp. 80-81)

Les Grands Maîtres de la Sagesse

Textes Fondamentaux.

© Le Point, 2013

Sommaire
Le-point-references-n45

Pour Jiddu Krishnamurti (1895-1986), aucune religion, ni connaissance philosophique ou scientifique, ni pratique n’amène à la sagesse. Ce qui lui fait dire, dans cet article rédigé six ans avant sa mort, que « la vérité est sans chemin. » C’est au nom de ce principe qu’en 1929, cet iconoclaste dans l’âme avait dissout l’Ordre de l’Étoile, l’association que ses disciples occidentaux avaient fondé pour lui. N’était-il pas selon eux le prophète d’un nouveau messie, ce jeune Indien « découvert » à 14 ans, en Inde du Sud, par Charles Webster Leadbeater (1854-1934), membre influent de la Société théosophique qui le déclara « véhicule de l’Instructeur du monde » ? Mais Krishnamurti dédaignait l’étiquette de gourou, ce qui ne l’a pas empêché d’attirer les foules, de l’Inde à la Californie en passant par New York, où l’ONU lui décerna la médaille pour la Paix de 1984.

L’égalité d’âme antique Modifier

Pour lui, chaque fois que nous tentons de nous identifier à quelque chose — comme individu, communauté, religion, nation, être biologique, etc. —, nous ratons la vérité. Ces étiquettes (moi, coiffeur, Français, hétéro, chauve, dépressif ou heureux) sont pour lui la cause de toutes nos souffrances. Elles séparent « l’homme de l’homme », écrit-il, car elles nous divisent en notre for intérieur, comme elles divisent les hommes entre eux. Elles brisent « l’unique liberté », qui pour lui réside non pas dans une capacité de choisir — pure prétention —, mais dans l’indépendance de la conscience face à ses propres contenus : idées, symboles, croyances... La conscience est totale indépendance, y compris par rapport à soi, et c’est en ce sens qu’elle est atemporelle et commune à tous les êtres vivants, affirme ce pacifiste, qui fut aussi l’un des premiers écologistes.

La sagesse réside selon lui dans ce qu’il appelle la « pure observation », qui consiste à observer au quotidien les mouvements de la pensée, mais sans effort et sans chercher à les fuir. Quand nous découvrons le parfum d’une rose, nous pouvons nous sentir uni à cette rose — ou pas. L’important n’est pas de chercher à faire quoi que ce soit, mais de constater. Ainsi peut se produire une « transformation » grâce à laquelle les séparations pourront enfin apparaître à la conscience pour ce qu’elles sont : une illusion. Ce n’est pas loin de l’équanimité, cette égalité d’âme préconisée par les sagesses antiques de Grèce ou d’Inde. Mais Krishnamurti n’encourage pas la méditation, dans laquelle il voit une technique de plus, qui nécessite un apprentissage et finit par créer des tensions, en soi-même, entre soi et le maître, entre les adeptes d’une pratique et les autres... Il n’est pas plus tendre envers ceux qui promettent un « développement personnel », et même envers tout travail psychologique : « Il n’y a pas d’évolution psychologique », assure-t-il. La pure observation n’est possible que si la pensée est « non dirigée, sans crainte de punition, sans désir de récompense ». Elle n’est pas non plus une façon de se replier sur soi, car observer, c’est aussi « se découvrir dans le miroir de la relation », ajoute-t-il, donc grâce à autrui et à l’environnement, mais sans aucune forme d’autorité.

Les positions antiautoritaires de Krishnamurti ont connu un vif succès auprès des pacifistes de la Seconde Guerre mondiale comme son ami Aldous Huxley puis des activistes de la « contre-culture » comme des adeptes du New Age des années 1970. Sa pensée continue aujourd’hui d’irriguer les livres de spiritualité, comme Le pouvoir du moment présent (1997), best-seller du Canadien d’origine allemande Eckhart Tolle (né en 1948).

Le texte Modifier

« La Vérité est un pays sans chemin » Modifier

L’essence de l’enseignement de Krishnamurti se trouve dans sa déclaration de 1929, où il dit : « La Vérité est un pays sans chemin. » Nulle organisation, croyance, nul dogme, prêtre ou rituel, aucun savoir philosophique, aucune technique psychologique ne permet à l’homme de s’en approcher. Il doit la découvrir dans le miroir de la relation, par la compréhension du contenu de son propre esprit, par l’observation et non par l’analyse introspective ou la dissection mentale.

L’homme a édifié en lui une barrière de sécurité faite d’images — religieuses, politiques, personnelles. Elles prennent vie sous forme de symboles, d’idées et de croyances.

Le poids de ces images opprime la pensée de l’homme, ses relations, sa vie de tous les jours. Ces images sont les racines de nos problèmes, car elles séparent l’homme de l’homme. Sa perception de la vie est pétrie de concepts arrêtés d’avance. Le contenu de cette conscience est toute son existence. Ce contenu est commun à toute l’humanité.

Un individu est un nom, une forme et la culture superficielle qu’il assimile de la tradition et de son environnement. La nature unique de l’homme ne réside pas dans cet aspect superficiel, mais dans une liberté totale à l’égard du contenu de sa conscience, laquelle est commune à tous les êtres humains. Il n’est donc pas un individu.

La liberté n’est pas une réaction ; la liberté n’est pas un choix. C’est la prétention de l’homme de se croire libre parce qu’il a le choix. La liberté est pure observation, non dirigée, sans crainte de punition, sans désir de récompense. La liberté n’a pas de motif ; la liberté n’est pas au bout de l’évolution de l’homme, mais se tient dans le premier pas de son existence. Par l’observation, on commence à découvrir le manque de liberté. La liberté se révèle dans l’attention vigilante et sans choix que l’on porte à son existence quotidienne et à ses activités.

La pensée est temps. La pensée est née de l’expérience et du savoir, qui sont inséparables du temps et du passé. Le temps est l’ennemi psychologique de l’homme. Notre action s’appuyant sur le savoir, et donc sur le temps, l’homme est en permanence l’esclave du passé. La pensée étant toujours limitée, nous vivons constamment dans l’effort et le conflit. Il n’y a pas d’évolution psychologique.

Si l’homme perçoit le mouvement de ses propres pensées, il verra la scission entre le penseur et la pensée, l’observateur et l’observé, l’expérimentateur et l’expérience.

Il découvrira que cette scission est une illusion. Alors ne demeure que la pure observation qui est vision directe, sans aucune ombre de passé ou de temps. Cette vision pénétrante et intemporelle produit une transformation radicale et profonde dans l’esprit.

La négation totale est l’essence du réel. Quand il y a négation de toutes les choses que la pensée a produites psychologiquement, alors seulement est l’amour, qui est compassion et intelligence.

J. Krishnamurti, L’Essence de l’enseignement,

© Krishnamurti Foundation Trust Ltd, 1980.

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