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Jack Kornfield - Un hommage révélateur

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UN HOMMAGE RÉVÉLATEUR

Lorsqu'il y a plus de trente ans je suis devenu moine bouddhiste dans un monastère au coeur de la forêt thaï­landaise, j'ai dû apprendre à me prosterner. Au début, j'étais mal à l'aise. À chaque fois que nous entrions dans la grande salle de méditation, nous devions nous mettre à genoux et, par trois fois, toucher respectueu­sement de notre tête le sol en pierre entre nos mains. C'était une pratique de révérence et d'attention, une manière d'honorer par un geste du corps notre engage­ment dans la voie monastique, une voie de simplicité, de compassion et de vigilance. Nous devions aussi nous prosterner à chaque fois que nous prenions place pour étudier auprès du maître.

Après une ou deux semaines dans le monastère, l'un des moines les plus anciens me prit à part pour de plus amples instructions. « Dans ce monastère, me dit-il, tu dois non seulement te prosterner en entrant dans la salle de méditation ou avant de recevoir les enseignements du maître, mais tu dois également t'incliner à chaque fois que tu rencontres un de tes aînés. » Étant le seul Occidental et soucieux d'agir selon les règles, je lui demandai alors quels étaient mes aînés. « D'après la tradition, répondit-il, tous ceux qui ont reçu l'ordination avant toi et qui sont moines depuis plus longtemps que toi sont tes aînés. » Il me fallut juste un instant pour réaliser que cela signifiait tout le monde.

Je commençai donc à m'incliner devant tous les moines. Parfois c'était tout à fait normal – bon nombre d'aînés, sages et respectables, vivaient dans la commu­nauté — mais à d'autres moments, cela me semblait ridicule. Je croisais des moines d'une vingtaine d'années, pleins de morgue, qui n'étaient là que pour plaire à leurs parents ou avoir une nourriture meilleure que chez eux, et je devais m'incliner devant eux sim­plement parce qu'ils avaient pris les voeux une semaine avant moi. Ou bien encore je devais me courber face à un vieux paysan débraillé, venu au monastère quelques mois plus tôt selon le plan de retraite des cultivateurs, qui mâchait constamment des noix de bétel sans jamais avoir médité un seul jour de sa vie. C'était dur de rendre hommage à ces rustres comme s'ils étaient de grands maîtres.

Malgré tout, je m'inclinais et, comme cela me posait problème, je cherchai un moyen pour sortir de ce dilemme. Finalement, alors que je me préparais à une nouvelle journée de révérence envers « mes aînés », je me mis à chercher ce qu'il y avait de respectable en chacune des personnes devant lesquelles je m'inclinais. Je rendis hommage aux rides du vieux paysan pour toutes les difficultés qu'il avait vues, endurées et sur­montées. Je saluais la vitalité et la joyeuse insouciance des jeunes moines et par là même les possibilités incroyables que leur offrait la vie qu'ils avaient encore devant eux.

Je commençai à aimer rendre hommage. Je m'incli­nais devant mes aînés, je m'inclinais avant d'entrer dans le réfectoire et en sortant. Je m'inclinais en péné­trant dans ma cahute au milieu des bois, je m'inclinais devant le puits avant de me laver. Au bout d'un certain temps, rendre hommage devint ma voie, je ne faisais que cela : si quelque chose bougeait, je joignais les mains et m'inclinais.

Rendre hommage est le coeur de ce livre. Le véritable devoir de la vie spirituelle ne se trouve ni dans des lieux éloignés ni dans des états de conscience sortant de l'ordinaire. Il prend place ici, dans l'instant présent. Cela exige un esprit bienveillant, prêt à accueillir d'un coeur sage, respectueux et bon tout ce que la vie nous présente. Nous pouvons saluer aussi bien la beauté que la souffrance, nos troubles, notre confusion, nos peurs et les injustices de ce monde. Honorer ainsi la vérité est le chemin de la libération. S'incliner devant ce qui est, plutôt qu'au pied d'un idéal, n'est pas nécessaire­ment chose facile mais, quelles que soient les diffi­cultés, c'est l'une des pratiques les plus utiles et louables

En saluant les événements de notre vie, les chagrins, les trahisons, nous les acceptons et par cette démarche profonde nous découvrons que dans la vie rien n'est insurmontable ou inutile. Apprendre à rendre hommage permet de découvrir que le coeur détient plus de liberté et de compassion que nous ne pouvions l'imaginer. Le poète persan Rumi, sur ce sujet, s'exprimait ainsi :

L'être humain est un lieu d'accueil,
Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,
Une prise de conscience momentanée arrivent
Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous
Même s'il s'agit d'une foule de regrets
Qui d'un seul coup balaye ta maison
et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu'il soit, traite-le avec respect,
Peut-être te prépare-t-il
À de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance
Rencontre-les à la porte en riant
et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive
Quel qu'il soit,
Car chacun est envoyé comme un guide de l'au-delà.


Source : http://fr.sages.wikia.com/

Jack Kornfield - Apres l'extase, la lessive

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