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Jourdain - Le reve au sein du reve

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Le rêve au sein du rêveModifier


D'accord. Tu parles là du processus fondamen­tal par lequel je sécrète moi-même ma réalité. Désamorcer cet incessant processus de sécrétion ou en tout cas le voir pour ce qu'il est, un mécanisme infernal actionné par moi-même, reviendrait à m'éveiller. Mais ce processus de sécrétion d'une réalité imaginaire se retrouve au sein même de cette dernière. Nous ne vivons même pas le rêve mais le rêvons : par exemple, je puis descendre le matin dans la cuisine, te trouver en train de préparer le café et me dire : « Oh, Steve a l'air fermé, il fait une sale tête, il m'en veut. » Et à partir de là, conti­nuer à penser : « Bien sûr, c'est ma faute, je ne sais pas me conduire correctement, j'abuse de son hospitalité, etc. etc. », alors que tu es tout simplement en train de faire le café sans ressentir la moindre animosité à mon égard. Dans cette situation, je te prête une émotion, je ne vois pas, je pense. La plupart des problèmes psycho­logiques et des perturbations émotionnelles qui font que notre rêve tient plus du cauchemar que de la douce rêverie proviennent de notre propension à penser au sein même de cette pensée qu'est notre existence. Non contents de rêver, nous rêvons à l'intérieur du rêve...

Voilà une remarque d'une extrême pertinence ! Au sein de l'embryon de santé d'esprit qui révèle à notre moi l'irréalité de ses productions personnelles — et qui fait donc que tu ne prends pas l'image mentale de ta femme pour ta femme — il y a délire d'interprétation, plus ou moins grave...

C'est la folie ordinaire ! Sans même parler de folie de la persécution, de ce que l'on considère comme des troubles psychiques, tout le monde délire — plus ou moins — sans que cela soit pour autant tenu pour patho­logique. La plupart des problèmes dont nos existences sont remplies pourraient être évités si nous cessions de penser au lieu de voir. C'est nous qui transformons notre rêve en cauchemar.

C'est exact. Laissons l'éveil de côté et restons dans le domaine du relatif : il est important de bien rêver, de rêver heureusement. Si le rêve lui-même est corrompu, il n'y a pas une chance sur un milliard pour qu'il explose. Si les gens corrigeaient la manière dont ils se situent vis-à-vis de leur réalité, ils élimineraient quatre-vingt-dix-huit pour cent de leurs « problèmes ». Ce ne serait pas l'éveil mais un rêve harmonieux. Ils seraient près du toit du rêve et en position de le crever.


De l'importance de bien rêver
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La première démarche, la plus urgente, ne consiste-t-elle donc pas à devenir normal, à éradiquer en soi les fonctionnements qui corrompent le rêve ?

Tu as tout a fait raison. Je n'y avais jamais pensé !

Tu comprends, je vois venir le danger : certains lecteurs de notre dialogue vont s'échiner en pure perte à tenter de percer la bulle alors même qu'ils rêvent fort mal, ne sont pas près du « toit du rêve », pour reprendre ton expression, mais quelque part dans ses bas-fonds. Le premier travail, le seul pertinent jusqu'à nouvel ordre, ne serait-il pas de s'efforcer de bien rêver ?

Tu as raison. Je souffre d'un grave handicap eu égard à l'enseignement : ma vie s'est pour ainsi dire arrê­tée à seize ans. En outre, j'ai été un enfant puis un adoles­cent très heureux. Non que je fusse dénué de problèmes, mais je les négociais très bien et ne me faisais que très légè­rement du cinéma. Bref, de ma naissance à l'éveil, ai tou­jours très bien rêvé. De sorte que je sous-estime gravement la nature et l'ampleur des problèmes dont les gens sont vic­times. Je mesure mal à quel point le rêve lui-même est per­verti. Même Satan est capable de dégénérer... Encore une fois, nous sommes seuls et faisons nous-mêmes, sans le savoir, les questions et les réponses. Si je rêve la nuit qu'un loup me dévore, je constate le matin, avec soulagement, l'ir­réalité du loup et du moi dévoré. Cela équivaut à recon­naître que je suis tout autant le loup que sa victime. Tous deux sont ma création onirique. De même, si l'on pouvait faire prendre conscience aux gens qu'ils sont créateurs de leur existence relative et des problèmes qu'elle comporte, on aurait déjà fait un grand pas. Pas la peine de chercher très loin, le grand drame des êtres humains, c'est de ne pas se sentir suffisamment aimés, de ne pas s'être sentis assez appréciés de leurs parents, de leurs petits camarades, etc., etc. Si on pouvait montrer à la personne qui se sent, par exemple, méprisée, qu'elle génère elle-même ce mépris, cette hallucination vivante de seconde en seconde, on la débar­rasserait entièrement de son problème. Le rêve resterait rêve, l'hallucination fondamentale demeurerait hallucina­tion, mais elle s'allègerait singulièrement. Il se pourrait même alors qu'un peu de lumière d'éveil filtre au sein du rêve. Là est certainement le premier travail qu'il convien­drait d'accomplir pour être vraiment efficace. Mais à cet égard, je ne puis que constater mon handicap.

Source : http://fr.sages.wikia.com/

L'irrévérence de l'éveil, S. Jourdain, G. Farcet

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