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CHAPITRE II

À QUOI SERT UN INSTRUCTEUR ?

Ne te fie à aucun maître décédé

Question : Tu as quelque chose qui nous fait défaut C'est en tout cas ce qu'il me semble. D'ailleurs tu es assis là devant nous, et nous derrière. Quelle impression cela te fait-il ? Sommes-nous les sots ?

Réponse (Karl) : Si je me considérais comme un éveillé plein de sagesse, il n'y aurait devant moi que des non-éveillés stupides. Il y aurait séparation entre vous et moi. Et ce serait alors la même vieille illusion : quelqu'un sait, les autres sont ignorants. Je parle de connaissance absolue qui, en tant que telle, est absolue chez moi et chez vous. Elle n'est pas nouvelle pour toi - ce n'est pas quelque chose que tu aurais à obtenir à la force du poignet, ou que tu peux découvrir ou atteindre. C'est déjà complètement là. Cela n'a jamais été caché, recouvert, ni n'attend d'être réalisé. L'effort, quel qu'il soit, ne procure qu'un savoir relatif.

Q : Tout instructeur, dit-on, a encore quelque chose à apprendre.

R : Oui, tant qu'il s'identifie à un instructeur il lui reste quelque chose à apprendre.

Q : Allons donc ! Tu es bien un instructeur !

R : Impossible ! je n'ai rien à t'apprendre.

Q : Mais si je suis ici c'est bien pour apprendre quelque chose !

R : Je ne peux pas t'enseigner ce que tu es. Je ne peux rien te donner.

Q : Bon ! s'il en est ainsi ...

R : Et, bien sûr, je ne peux rien t'apporter non plus. Quiconque te dit qu'il peut te donner ou t'enlever quelque chose, ou bien te procurer une précieuse expérience d'éveil, celui-là ment.

Q : Le Bouddha serait donc un menteur.

R : Oui, ne te fie à aucun maître décédé.

Q : Les choses ne sont tout de même pas aussi simples. Le Bouddha a de toute évidence transmis un enseignement. Et celui-ci, en bref s'énonce ainsi : Toute existence est souffrance. Toute souffrance naît du désir. 11 existe une voie pour échapper à la souffrance. Cette voie est le noble sentier octuple.

R : Dans le Sutra du Diamant, le Bouddha dit : Jamais aucun bouddha n'a foulé cette terre. Et jamais aucun bouddha ne la foulera. Il dit : J'ai prêché pendant quarante ans, sans jamais recourir à des mots. Personne n'a rien dit, personne n'a parlé et personne n'a écouté.

Q : Mais il y ale noble sentier octuple. Il y a l'enseignement. Il y a le dharma.

R : Il y a des gens qui professent un enseignement et, autant que possible, répètent toujours les mêmes mots. Ce sont les gardiens du dharma - les gardiens de la misère. Tout enseignement disant qu'il existe une voie pour sortir de la misère entretient la misère. Les gardiens du dharma, les gardiens du Darm - l'intestin en allemand - perpétuent l'engorgement.

Q : Prenons un autre exemple, celui de Krishna instruisant Arjuna. La Bhagavad Gita tout entière consiste en un dialogue didactique.

R : Tu es renvoyé à toi-même. Je ne t'apporte rien, mais te renvoie tout. Donne-le-moi, donne-le-toi, donne-moi à moi-même.

Q : Donne-moi à moi-même ?

R : Nous jouons à cache-cache avec nous-mêmes.

0 : Et c'est pour en arriver là que j'aurais médité tant d'années !

R : Exactement. Tout ce qui s'est produit ou non jusqu'ici était une préparation, afin que cela dont nous parlons puisse advenir dans le présent. Rien n'était faux. Tout est toujours juste, advient au moment juste, c'est-à-dire dans l'instant présent.

Q : C'est pourquoi, ne te fie à aucun maître décédé.

R : Oui, mais sache il n'y a pas non plus de maîtres vivants.

L'aide procurée par un instructeur

Question : Qu'est-ce qui fait qu'un instructeur est un instructeur et qu'un élève est un élève ?

Réponse (Karl) : Le fait qu'il y a d'un côté quelqu'un qui croit qu'il a quelque chose à apprendre et de l'autre quelqu'un qui croit qu'il a quelque chose à enseigner. L'élève pense avoir besoin de savoir pour se rapprocher d'un but, et l'instructeur pense pouvoir dispenser ce savoir à son élève. Ce qui est effectivement le cas dans le relatif : quiconque veut apprendre à conduire une voiture a besoin d'un moniteur. L'un sait piloter une voiture, l'autre doit l'apprendre.

Q : Et ce serait différent dans le domaine spirituel ? L'instructeur voit que tout est un, l'élève non. Aussi l'instructeur a-t-il une fonction d'aide. Dans bien des traditions cette relation existe depuis plusieurs milliers d'années.

Q : Tu veux rendre les maîtres suspects à mes yeux !

R : Tu essaies seulement d'échapper au vide, ce pour quoi il existe différentes techniques. Toi, tu as choisi la relation au maître. C'est ta façon à toi de combler le vide, de donner un vis-à-vis, un but à ce qu'est « je ».

Q : De faire une découverte essentielle, tout simplement.

R : Cela ne veut rien dire. Le moi n'est qu'une idée, l'idée de séparation. Et cette idée requiert un vis-à-vis, donc aussi un but. Tout but convient, même celui de ne pas en avoir. L'absence de but comble également l'espace du vide. Le moi a plus d'un tour dans son sac, impossible de lui échapper. Il se cache même derrière l'évidence. L'entité agissante se cache tout autant derrière la non-action.

Q : Que puis-je faire ?

R : Ce que tu ne peux pas faire. Qu'est-ce qui, en toutes circonstances, est pleinement ce que c'est ? Qu'est-ce qui ne connaît aucun changement ? Qu'est-ce qui est d'une extrême robustesse ? Qu'est-ce que ce fond originel qui doit être là pour qu'il y ait un connaissant et un objet de connaissance ? Qu'est-ce que cette essence, qui est à jamais silencieuse, à jamais immobile, dans laquelle les informations apparaissent et disparaissent tour à tour ? Dis-moi, pour que tu sois le permanent, ce qui jamais n'apparaît ni ne disparaît, quelque chose doit-il se produire ? as-tu à faire, ou connaître quelque chose ? Ou cela est-il là, indépendamment de toute connaissance ou non-connaissance ?

Q : Vraisemblablement. Lorsque tu croises un maître au regard aussi perçant que le tien, vous n'avez rien à vous raconter ?

R : H se passe alors très exactement ce qui se passe ici, puisque je suis en train de parler avec un tel maître. Il se peut que de ton point de vue il y ait quelqu'un qui parle et quelqu'un d'autre qui écoute. Mais il n'y a qu'un seul être, un même être, qui dans l'instant se vit comme entité expérimentant, expérience et objet d'expérience. Penser qu'il y a séparation entre les trois n'est que fiction, et de cette confusion initiale émergeront toutes les autres fictions, y compris la question du sens et du non-sens. La source, l'être, se passe de sens.

Q : C'est enterrer l'instructeur.

R : Plus tu vois là l'unique réalité, plus il y a de choses à enterrer. Est enterré tout ce qui n'est pas toi. Plus nombreuses sont les choses à rejoindre pour toujours la tombe de l'insignifiance. Les croyances s'écroulent les unes après les autres puisque tu reconnais que ce que l'on doit ou peut croire est étranger au Soi.

Q : Mais l'instructeur m'aide à voir toutes ces choses !

R : Tu crois qu'il détient la carotte derrière laquelle tu as marché jusqu'ici, que le jour où tu auras suffisamment mûri il te la donnera à manger. Et une fois que tu l'auras mangée, tu pourras dire ouf ! parce que tu auras enfin obtenu l'illumination. Tout ça c'est de la fiction, comme l'est aussi l'éveil à la conscience cosmique. Le fait de te dire : voilà la réalité et je suis cette réalité, est de la pure fiction.

Q : Et lorsque cet éveil est en rapport avec une terreur existentielle ?

R : Les phénomènes font tous partie du rêve, y compris celui qui se dit terrifié. Rien de tout cela ne change ni n'affecte ce que tu es. Le Soi a toujours été ce qu'il est.

Q : Ce n'est que lorsque j'aurai compris cela que ma terreur se dissipera ?

R : Alors, il n'y aura plus personne pouvant être terrifié.

Q : Ce qui est bien ?

R : Ni bien ni mal. mais comme ça a toujours été. Ce n'est rien de nouveau. Et si quelqu'un te pose cette question : « Comment vas-tu ?» tu répondras : « Comme toujours ». Et l'instructeur te tapera sur l'épaule et il te donnera un un.

La vacuité en tant qu'instructeur

Question : Pour certains le véritable instructeur est la vacuité. Qu'y a-t-il de juste là-dedans ?

Réponse (Karl) : L'instructeur au sens vrai est toujours assis entre deux chaises - dans la position la plus confortable. Ne pas être assis sur cette chaise-ci ni sur celle d'à côté, mais dans le vide. L'instructeur au sens vrai est assis entre deux instants temporels, entre deux pensées. Le vide, la vacuité, c'est l'être-conscient.

Q : Serait-il préférable d'écouter le vide entre tes mots ?

R : Si tu le peux, mais ce n'est pas très confortable pour l'intellect. Le mental déteste le vide. Dans le métro de Londres on peut lire : Mind the gap, ne tombe pas dans le trou, le vide. L'intellect ne peut subsister dans le vide, il n'y a pas d'intellect dans le vide. D'où cette mention : Attention, mind, le vide ! Évite le vide, sans quoi ce sera ta fin - tu ne peux subsister dans le vide ! Le vide est l'instructeur qui éteint l'intellect en soufflant dessus. Le vide, pfft, et l'intellect s'envole. Par contre, dans le vide, la vacuité, il y ace que tu es, et c'est là ta place. Là il n'y a pas de prédéterminations : tu es à la fois le plus grand et le plus petit, le possible et l'impossible ; tu es l'existence en soi, avec infiniment de place et pas de place du tout.

Q : J'ai pris des cours de tambour. L'on me demandait de maintenir l'intervalle, le vide. J'ai eu énormément de mal avec ça, mes jambes ne tenaient pas en place.

R : L'individu ne peut supporter le vide. Le vide est le maître du moi : il n'agit pas, il se contente d'être vide, vacuité, sans plus. Le moi est absent du vide, et pourtant ce que tu es est pleinement. Cette présence est pleinement là dans le vide, comme elle l'est actuellement. Elle n'est jamais absente, elle n'apparaît ni ne disparaît. Elle est là, maintenant et toujours, dans l'instant d'éternité. Dans la dimension du temps, l'intemporalité ne se rencontre que sous forme d'indices, de cela qui n'apparaît ni ne disparaît, ne naît ni ne meurt. Le Soi n'apparaît ni ne se dissout, au contraire des phénomènes, ces derniers n'étant pas.

Q : Toujours est-il qu'ils comblent le vide ! Et peut-être est-ce précisément ce qui rend le vide lourd à porter, au point d'en devenir insupportable.

R : Le vide est si léger qu'il en devient insupportable. C'est pourquoi tu luttes et te démènes pour le combler.

Q : Que se passerait-il si je laissais tout aller à sa guise ?

R : Laisse ça de côté ! Je te montre comme il est extraordinaire de se tenir dans l'intervalle, le vide. Comme c'est léger. Ce qui est difficile, c'est de vouloir résister, de chercher à combler le vide. Le vide est on ne peut plus léger. La vacuité est ta demeure.

Q : C'est mon chez moi ...

R : Là où il n'y a pas de chez soi.

Q : C'est ça la plénitude !

R : Non, ce sont de vaines promesses.

Q : Tu es incompréhensible ! Tu te dérobes à tout ce que l'on dit, à la manière d'un serpent !

R : Le serpent dit : Fais une dernière tentative. Allez ! Entre là où tu ne peux exister, directement dans le vide. Mords dans la pomme !

Q : Et le ver est dans le fruit.

R : Oui, pénètre dans la galerie creusée par le ver ! C'est comme dans Star Trek - tu connais ? On pénètre dans le vide et aussitôt se trouve ailleurs. La force motrice est le vide, et ça c'est vrai : le vide t'aspire complètement.

Q : Non, je préfère pas ...

(Une sonnerie retentit) R : La chance te sourit, cette fois encore !

Q : R vient encore quelqu'un.

R : Oui, un pénitent du vide.

L'instructeur est sans importance

Question : Est-il exact que l'instructeur peut amener ses disci­ples à la conscience de l'unité ?

Réponse (Karl) : Tu es à côté de la plaque. Lorsque l'on entre quelque part, on finit par en ressortir. L'impression de dualité peut se dissiper pour un certain temps, l'unité être réelle, mais elle finira par céder de nouveau à la dualité.

Q : Il me paraît simplement intéressant que cette expérience puisse s 'obtenir par une pratique ou par des rencontres avec un instructeur.

R : Où que te mène l'effort, une technique, le contact avec un instructeur, cela ne sera pas durable.

Q : Mon maître spirituel m'a dit : Cette conscience de l'unité que chacun connaît après la mort, tu peux la connaître immé­diatement.

R : Par là il entendait peut-être que ce qui vient après la mort est identique à ce dont tu peux faire l'expérience de ton vivant, à sujet qu'il y paraît à première vue. Ce vécu a suffi à faire comprendre à Ramana qu'il n'était pas le corps. Mais ce qu'il était vraiment, il n'en a pas fait l'expérience ce jour-là.

R : C'est vrai.

Q : Justement. Et c'est la raison pour laquelle ...

R : S'il n'en a pas fait l'expérience, c'est parce que ce n'est pas de l'ordre de l'expérience !

Q : Et pourquoi donc ?

R : Toute expérience présente deux aspects : une entité faisant l'expérience et un objet d'expérience.

Q : Oui, et alors ?

R : Dans le cas du Maharshi, il s'agit non pas d'expérience mais de pur être - qui est pleinement, ici et maintenant. Il n'y a besoin de rien de spécial pour ça, ni préparation ni révision. Et ce n'est pas non plus quelque chose de particulier. C'est connaître que l'on est, tout simplement. Comme disait maître Eckhart, c'est le fondement originel en soi, la pure conscience d'exister.

Q : Ce n'est certainement pas quelque chose d'ordinaire, car ce qui saute aux yeux chez de tels maîtres c'est l'intensité de leur rayonnement, cette infinie bonté, ce silence imperturbable. Quiconque méditait auprès de Ramana connaissait le samadhi à son tour, accédait à la conscience cosmique.

R : La conscience cosmique, ce n'est rien de spécial, cela reste du domaine de l'expérience. Or c'est du Soi qu'il est question ici. Le silence dont tu parles ne requiert pas de rester assis en silence, d'être extérieurement et intérieurement silencieux. Le silence ici est intangible, et rien ne peut l'affecter ; il n'est pas interrompu par des pensées et n'est pas non plus une expérience. Il se confond avec le Soi.

R : Et pourtant j'ai l'absolue certitude que le mérite ne t'est pas attribuable, que l'acceptation est spontanée.

Q : Je n'en doute pas, mais l'on peut peut-être encourager la mise en place spontanée de sa manifestation ?

R : Tout effort en ce sens est vain : il n'y a ni préparation ni révision.

Q : Auprès de Paul Lowe, j 'ai connu le « deep sharing» - c'était très efficace.

R : Parfait.

Q : Je veux dire ce profond partage des sentiments.

R : Le « sheep sharing» ?

Q : Je parle de « deep sharing»

R : « Sheep sharing », cela ne signifie-t-il pas « tondre les moutons » ?

Q : Non, « deep sharing» signifie « partage en profondeur ».

R : Partager la profondeur ? Avec un couteau ? Pour qu'il y en ait deux ?

Q : Je ne parle pas de séparation ; mais de partage. L'on par­tage ses sentiments, on les vit avec autrui - tous ses sentiments, y compris ceux qui sont douloureux.

R : On les coupe court !

Q : On est ouvert et sincère. Et on prend tout son temps.

R : C'est plutôt que l'on passe lentement sur ses senti­ments, comme avec un couteau émoussé - pour que ça fasse mal. On arrache lentement les poils. C'est ça le « partage en profondeur » ? Est-ce que je t'ai bien compris ?

Q : Certainement pas.

R : Le « sheep sharing » se fait habituellement avec un couteau bien tranchant, pour que l'opération soit rapide.

Q : Une certaine préparation serait donc utile malgré tout, à savoir l'aiguisage du couteau !

R : À la fin, il ne reste plus un seul poil ! Tu te trouves complè­tement nu.

Q : Ce qui est à mettre au compte d'une bonne préparation.

R : Tu m'as vaincu ! Y a-t-il d'autres questions auxquelles je ne pourrai pas répondre ?

Et moi, que puis-je faire ?

Question : Raman a dit qu'il n'y avait pas de karma en tant que tel, ni de renaissance en tant que telle. Et pourtant d'après la conscience inhérente à l'ego, de telles notions existent bel et bien.

Réponse (Karl) : Tant qu'il y a notion d'un moi, tout existe : les désirs et l'exigence de purification, et toutes les notions de saleté et de qualité ; tout ce dont il est possible de parler. Tout cela existe dans la dimension conceptuelle, toutes ces notions émergent en même temps que le moi - lorsque le moi est tenu pour réel.

Q : Il n'y a donc besoin d'aucune préparation ?

R : De préparation à quoi ? à un état céleste, un paradis, la réalisation d'un magnifique objectif ? Seule l'idée d'avoir perdu quelque chose ou de devoir atteindre un objectif fait naître l'enfer, fait naître la croyance selon laquelle l'être humain est doué de libre arbitre, avec lequel nous pouvons énergiquement nous préoccuper. Le libre arbitre naît de la notion d'un moi. C'est la pensée-moi qui génère l'apparente séparation. Nous croire séparés d'autrui et du monde, c'est ça l'enfer. Avec la pensée-moi naît l'enfer. C'est le système diabolique - « dia » signifiant séparation en grec. Le diable est celui qui crée la dualité.

Q : Le diable existerait donc ?

R : Oui. Le diable, c'est le moi, mais le moi n'a pas d'existence, il n'est qu'une idée. La question est donc celle-ci : comment éliminer un diable qui n'existe pas ? Que puis-je faire contre lui ? Que peut faire une idée contre une autre idée, un concept contre un autre concept, une illusion contre une autre illusion ?

Q : Pas grand chose, apparemment.

R : Mais, après tout, ai-je à faire quelque chose contre ?

Q : Oui, une mini-prise auto-agissante - s'il te plaît !

R : Être ce que je suis, sans plus.

Q : C'est bien ce que je craignais.

R : Être avant le temps, le diable, Dieu, avant toute idée d'exister. Ce que je suis de toute manière, mais cela échappe au faire. Ce que je suis précède toute activité, toute expérience. Ce que je suis est silence, un silence antérieur au temps, au mouvement et au non-mouvement. Là il n'y a plus personne - il n'y a plus qu'être.

Q : S'il n'y a plus personne, il ne peut y avoir de faire, c'est entendu. Mais dans mon cas il reste quelqu'un !

R : Tu es assis ici pour te rencontrer toi-même, en vue de cette expérience-là.

Q : J'entends bien ! D'ailleurs si je médite, c'est pour l'obten­tion d'un vécu autre.

En quoi ai-je le pouvoir de décision ?

Question : Puis-je faire le choix de l'être-conscient ?

Réponse (Karl) : L'être-conscient ne dépend pas d'une décision, c'est simplement un éveil - comme lorsque tu te réveilles le matin dans ton lit. Tu ne décides pas de te réveiller ou pas : à l'instant où te réveilles, tu te réveilles - de façon spontanée, naturelle, sans l'intervention d'aucune pensée. Le processus t'est extrêmement familier : tu dors profondément et, soudain, te voilà conscient ! L'être est né de la même manière. Préalablement à l'être, il n'y avait ni idée ni désir de s'éveiller. L'éveil est advenu, tout simple­ment. Et après l'éveil originel, il y eut le big bang. Personne n'a pris de décision ici. À vrai dire, rien n'a jamais été décidé.

Q : Le moi ne décide-t-il pas d'être attentif ou del 'objet de son attention ?

R : Ici non plus aucune décision n'est prise - on peut à la rigueur parler de grâce. Lorsque l'être-conscient prend conscience de soi, il n'y a pas un moi prenant la décision d'être un tout petit peu plus attentif. Tu peux rester assis mille ans et opter pour l'être-conscient, sans qu'il se passe quoi que ce soit. Mais peut-être cette étape est-elle déjà derrière toi.

Q : Je l'espère.

R : Ou elle reste à venir. Dans un cas comme dans l'autre, la décision ne t'appartient pas. Rien ne dépend d'un toi, un moi qui se considère décisif à cet égard. Toute pensée est spontanée. Ce qui t'apparaît comme une décision surgit en fait du néant, du vide. «Out of the blue into the great wide open ». Cela est sans direction - rien n'a de direction.

Q : Cela me paraît désespéré.

R : Ni le désespoir ni l'espoir n'ont de raison d'être. L'espoir comme le désespoir supposent l'existence de quelqu'un ayant besoin d'espoir ou pouvant en concevoir. Or une telle entité

dant tous les autres est le désir de se connaître soi-même. Or ce désir ne peut être satisfait.

Q : C'est pourquoi je dois l'oublier ?

R : Il est vain d'espérer pouvoir te connaître. Le désir de connaissance de soi est le dernier à naître, une fois que tous les autres désirs évanescents ne t'ont strictement rien apporté. Alors se lève le désir d'autoconnaissance, l'idée t'étant venue que c'est la découverte du Soi qui te donnera le bonheur et la paix.

Q : Aurais-je tort ?

R : Il n'y a tout simplement rien à découvrir, rien à connaître ! Le désir de connaissance de soi, après s'être levé, devra dispa­raître - dans le renoncement à ta quête. Lorsqu'il n'y a plus de quête, le silence s'établit.

Q : Je dois donc m'arrêter de chercher; tout simplement !

R : Évidemment, mais tu ne peux décider en faveur de cet arrêt, ni d'ailleurs contre. Ce qu'il y a de beau ici est que tu n'as pas à prendre de décision, ni même à en exprimer le désir. La quête, c'est-à-dire le désir, ne peut s'achever lorsqu'on le souhaite. L'ultime désir ne se dissipera que lorsque le non-désir prendra conscience de soi. Tu désires, tu veux, tu décides en apparence, tu as le contrôle de tes progrès, tu es tendu - puis pfft, beng, survient le lâcher prise, comme par accident.

Q : Cela lâche prise, je ne suis plus là?

R : Oui, et on le regretterait presque, parce que tu avais forgé une si belle relation avec toi-même !

Bienvenue dans l'océan de lumière !

Question : Que peut faire un individu, que peut-il réaliser ?

Réponse (Karl) : Rien du tout. L'individu n'est qu'un concept, et un concept, une idée est incapable de réaliser quoi que ce soit. Par contre, le Soi, ce que tu es vraiment, est sans limite.

Q : Tant mieux pour le Soi, mais moi je ne suis qu'un minuscule individu.

R : Tant que tu te définiras comme individu et vivras à l'intérieur des limites que cela suppose, rien ne sera possible. Établis-toi dans ce qui est préalablement à la personne individuelle, dans le « je suis », au lieu de rester dans la conscience individuelle ; établis-toi dans la conscience cosmique, l'unité. Ensuite tu t'établiras dans ce qui est avant la conscience, dans le pur je. Le pur je se confond avec l'être, il n'a pas la notion d'un soi-même. Cela se produira au plus tard à la mort, dans la mort toutes les idées en rapport avec « je suis un homme, une femme » ont dispararu, et seul demeure l'être.

Q : Je peux donc me réjouir !

R : Oui, le fait de se déployer comme « je », « je suis », « je suis un homme, une femme » ne fait pas perdre la plénitude à l'être. Dans cette triade, la plénitude est toujours là. Le Soi demeure parfait comme individu. L'idée folle consiste à s'identifier avec le dernier maillon de la chaîne, d'ignorer que tu es le tout - comme si tu devais revenir en arrière. Tu as toujours été le Soi ! Tu l'es toujours ! Tu n'as jamais été le concept « je », « je suis », « je suis un individu ». Ta réalité n'est pas là-dedans, ce ne sont là que des idées, rien de plus.

Q : Depuis des milliers d'années l'homme cherche l'ultime connaissance, sans jamais la trouver.

R : Ce n'est pas non plus son dessein, l'homme est l'instrument par lequel le Soi se vit temporairement dans la condition humaine. Le Soi se vit à jamais soi-même, et lorsqu'il revêt la forme humaine, il se vit en tant que variation, que reflet de soi-même. En tant que pur Soi il ne se connaît pas, cela est impossible. Pour se connaître, il a besoin d'un connaissant : le moi, toi.

Q : Pour le Soi je ne suis qu'objet de divertissement ?

R : C'est toi-même qui te divertis ! Toi-même tu es la parfaite connaissance de soi dans le déploiement de l'être, et pas moins. Tu es déploiement de plénitude, l'inachèvement n'est qu'une idée.

Q : Je m'accroche manifestement à cette idée parce que je ne peux faire autrement.

R : L'inconnaissance est elle aussi parfait déploiement de la connaissance, de ce que tu es. Selon les apparences, il y a un connaissant et un non-connaissant. Mais en apparence seulement. Dans la connaissance en soi, il n'y a ni connaissant ni non-connaissant, l'un et l'autre apparaissent avec la notion du temps, de la séparation. Actuellement, tu vis dans la séparation.

Q : Mais l'unité, où est-elle ?

R : Ici même. La séparation n'est qu'une histoire que tu racontes à toi-même. Tu vis tes croyances. Qu'y a-t-il ici ? rien qu'un océan de vibrations lumineuses. Mais toi tu as formé des images avec tes expériences passées - les chaises, l'espace, le fait d'être humain t'ont servi à ordonner l'espace. Ton vécu de bébé était la lumière, les vibrations dans l'espace, non pas une chaise, une maman. Ce vécu d'espace et de temps est postérieur, il se nourrit de ton conditionnement. L'histoire, tes parents, ton entourage t'ont dit : Mon chéri, ici c'est comme ceci et comme cela. Mais tout ça n'est qu'une construction, si elle paraît réelle à tes yeux c'est parce que jour après jour tu te la répètes.

Q : Sij 'ai bien compris, mon histoire je l'édifie avec mon passé, et lorsque le passé disparaît, il n'y a plus que maintenant, l'instant présent.

R : Alors plus personne n'est là pour dire : ça c'est un plancher, une couverture, une chaise. Et la mort, c'est comme ceci.

Q : Les objets sont pourtant différents les uns des autres ...

Q : Celle qui est assise ici.

R : Y aurait-il quelque avantage à exister en tant que personne ? Non, c'est un désavantage absolu. En présence d'un toi-même en tant que personne, qui aime se bricoler un avantage avec ceci ou cela, ce que tu considères être un avantage est en réalité un désavantage absolu.

Q : Ce qui compte, c'est de me libérer de la souffrance.

R : La vraie liberté se passe de liberté. C'est l'idée d'exister et d'imaginer qu'il y aurait avantage à vivre sous des circonstances te permettant de te comporter de telle façon que tu échapperais à la souffrance - c'est cette idée-là qui crée le souffrant.

Q : Est-ce souffrir que de vouloir le bonheur ?

R : Naturellement. Les gens heureux doivent lutter pour leur bonheur, car le malheur est toujours là en potentialité - le bonheur est inséparable du malheur. Dans une même personne il y a à la fois le bonheur et le malheur. Tant que la personne ne souffrant pas est là, il existe aussi le souffrant. C'est un cercle vicieux. La seule façon d'en sortir est l'accident divin : l'Aha, pour lequel il n'y a jamais eu de personne ayant vécu dans la dimension du temps ; pour lequel le temps est inexistant. Ce que tu es précède toute notion d'espace et de temps, tout concept, quel qu'il soit.

Q : Et je ne peux rien faire pour sortir de là ?

R : Il n'y a rien à faire ! Tout ce que tu pourrais faire dans ce but n'aurait aucune incidence sur l'Aha. Rien de ce qui se fait à l'intérieur de l'espace/temps ne peut faire de toi ce que tu es. C'est beaucoup plus simple que ça : ce que tu es reconnaît n'être rien de connaissable. C'est en toi, dans ta perception, que se manifestent l'espace, le temps et le monde, tandis que toi-même tu n'es concerné par rien de tout ça.

R : La seule possibilité est de reconnaître qu'ils n'ont jamais existé. Ni le moi, ni la chaîne.

Q : Entends-tu qu'il n'y a pas d'histoire personnelle ? ni d'instants se succédant ?

R : Ce que tu es ne connaît pas d'interruption et est inconditionné. On ne peut le diviser en instants. Cela ne fait partie de rien. Cela précède à jamais toutes choses.

Q : Ce n'est pas même le tas de perles ?

R : C'est avant le tas de perles, et cela se réjouit de te voir déraper dessus.

Le satsang favorise-t-il le développement personnel ?

Question : Le satsang favorise-t-il le développement personnel ? Réponse (Karl) : Ce qui peut se développer n'est pas ce que tu es. Le développement personnel procède d'un vécu, et le développement humain de l'évolution. Le développement existe mais il n'est que jeu mental. A-t-il quelque utilité dans la reconnaissance de ce que tu es ?

Q : Vraisemblablement pas.

R : Le développement te permet de reconnaître ce que tu n'es pas, que tu n'es pas le connu, rien d'autre. Cela, tu peux le goû­ter.

Q : J'ai pourtant le sentiment d'un développement personnel. Il y a dix ans je n'étais pas relié à l'être, du moins n'en avais-je pas conscience.

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