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JIDDU KRISHNAMURTI

La manière de vivre

Extrait du n° 5 de la revue La Revue Théosophique, Le Lotus Bleu, (Juillet-Août 1948).

© Publications Théosophiques, Paris 1948

Causerie radiophonique donnée à Bombay, le 6 mars 1948.

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Le monde dans lequel nous vivons est fait d'individus, et sans l'individu la société n'existerait pas. Les problèmes mondiaux sont les problèmes des relations d'homme à homme. Ainsi, le problème de l'individu est-il le problème du monde. Le monde est uniquement l'individu dans ses relations avec les autres, basées sur ce qu'il est lui-même.

L'individu est le produit d'un processus mondial total ; ce n'est pas une force séparative ; son être n'est pas fondé sur l'antagonisme. Ce qui affecte l'individu affecte profondément le monde ; il n'y a pas séparation ; la régénération de l'individu est immédiatement et totalement réfléchie dans la transformation du monde.

Sans la régénération de l'individu, il ne peut y avoir de révolution fondamentale et continue. Si l'on ne fait à la base la révolution des valeurs, un ordre véritable et durable n'est pas possible.

Il nous incombe de faire surgir cette révolution. C'est une révolution dans les sentiments et les pensées et, par conséquent, dans les actes. Les trois choses ne sont pas séparées, elles forment un processus unitaire. Elles sont reliées entre elles et indépendantes.

Lorsque nous aurons établi dans nos propres vies l'ordre et la paix, ce qui consiste à comprendre dans quelle confusion se déroule notre existence, c'est alors seulement que pourra s'établir le Réel. Seul le Réel peut apporter le bonheur. Sans la compréhension du Réel, tout ce que nous ferons ne peut conduire qu'à plus de désastres et de misère.

Vous, l'individu, êtes plus important que tout système religieux ou social. Les systèmes empêchent l'homme de résoudre ses problèmes. Les systèmes sont devenus d'une signification plus urgente que la souffrance de l'homme. Des plans d'action détruisent la liberté humaine et conduisent l'homme à la confusion et à la peine. Ce n'est que dans la compréhension de ce qui est du présent, de l'actuel, qu'existe une possibilité de le transformer. Le monde ne peut être changé que dans le présent, non dans le futur, maintenant et non dans les jours qui viennent.

Si nous considérons les systèmes, qui sont des plans d'action, nous créons nécessairement des chefs et des gourous qui nous éloignent du problème central de notre propre souffrance. La souffrance ne peut être vaincue par aucune croyance ni au moyen d'aucun plan d'action. Aucun chef, politique ou religieux, ne peut créer en nous l'ordre et la paix. Chacun de nous doit réaliser la confusion et la peine qui est en nous et que nous projetons dans le monde. Cette projection est la société avec ses violences et ses dégradations.

Nous souffrons à différents niveaux de notre conscience physique et psychologique. Cette souffrance prend des formes différentes en chacun de nous ; mais défions-nous de la dissemblance et ne nous occupons que de ce qui est similaire.

Il y a le chaos économique entraîné par une surélévation des valeurs des sens. Nous essayons de le résoudre en accentuant davantage encore cette valeur par l'accroissement de la production. Nous cherchons notre plus grande satisfaction dans la machine et, par là, donnons plus d'importance aux choses, à la propriété, au nom et à la caste. Regardons en nous-mêmes et autour de nous ; nous voyons que la propriété, le nom et la caste sont devenus d'une importance extraordinaire et, comme ils ont assumé une valeur prédominante dans nos vies, ils amènent inévitablement des conflits d'homme à homme. Nous utilisons les choses fabriquées par les mains ou construites par l'esprit comme moyen d'échapper à notre conflit psychologique et à notre détresse.

Ainsi, un simple réarrangement des choses suivant un plan d'action quelconque, qu'il soit d'extrême gauche ou d'extrême droite, aura peu de signification s'il ne s'y ajoute pas la compréhension de la confusion et de la misère psychologiques dans lesquelles chacun vit.

Ainsi, il faut insister sur le conflit dans l'individu et non sur quelque système religieux ou économique. Il ne sert à rien d'essayer sans cesse d'amener l'ordre et la paix dans l'existence extérieure, puisque l'existence intérieure, psychologique, dominera toujours l'extérieure, si bien organisée, si habilement construite soit-elle.

Comprendre ce conflit psychologique en nous est de la plus grande importance ; Il se manifeste dans nos relations avec les choses, les gens et les idées. Ce sont ces fausses relations qui causent la souffrance. Et amener enfin des rapports vrais, c'est la tâche de chacun de nous qui essayons de mettre fin à cet effrayant chaos, à cette agonie du monde.

L'on ne peut s'isoler du monde ; vivre, c'est se trouver en rapport avec d'autres. Si nous ne comprenons pas ces rapports toute véritable action est impossible, car ce que nous appelons action est un simple mouvement dans le cadre d'une idéologie. Un tel mouvement doit forcément créer un peu plus de peine et de souffrance. Les relations sont une communion, et cette communion ne peut exister quand il y a un processus d'isolation de soi. Dans nos relations avec les autres, chacun de nous cherche uniquement la sécurité et le confort aux différents niveaux de son existence. La recherche de notre propre satisfaction, au moyen des choses, des gens et des idées entraîne l'isolement, mur de clôture de nous-même, qui empêche cette communion que devraient être nos rapports avec les autres.

Nous croyons avoir des rapports avec eux, mais tout ce que nous faisons c'est de regarder par dessus le mur de notre isolement ; nous demeurons toujours enclos dans ces murs et par là nous amenons de plus grands conflits, de plus grandes souffrances. Les rapports à travers cet isolement conduisent inévitablement à la cruauté et à la peur.

Mais les relations ne sont pas forcément un acte dans l'isolement. Elles peuvent et doivent être un processus de révélation de soi qui est la compréhension de nous-mêmes. Cette connaissance de soi-même qui naît des relations avec les autres, ne se trouve dans aucun livre ; aucun chef, aucun gourou ne l'enseigne. Vous ne vous tournez vers eux que pour éviter simplement l'action immédiate. Il est donc très important de comprendre la fonction de nos rapports avec les choses, avec les gens et avec les idées. La souffrance naît lorsque ces rapports, au lieu d'être une action de révélation de soi, deviennent un mouvement qui nous enferme en nous-même.

Ainsi, lorsqu'il y a souffrance, nous devons essayer de chercher sa solution la plus simple. Nous devons examiner nos rapports avec les autres, qui sont la première cause de cette souffrance. La peine est l'effet de nos fausses intentions dans nos rapports avec autrui. Lorsque nous cherchons dans ces rapports un moyen de satisfaction, d'évasion ou de sécurité personnelles, alors nous approchons les autres pour un certain motif et dans cette approche il y a violence. C'est à cause de cette violence dans nos rapports qu'il y a violence dans le monde.

L'idéal de la non-violence, c'est de fuir la compréhension de la violence. L'idéaliste qui cherche à être non violent évite par là même la transformation fondamentale de la violence. La non-violence est simplement une idée, ce qui est action est violence. La violence peut être comprise et transformée, mais seulement lorsque l'idéal fictif est écarté. L'opposé devient un obstacle à la compréhension de ce qui est. L'opposé de la violence est lui-même violence ; il n'est jamais amour ; l'amour est sa propre Eternité. L'idéaliste qui est à la poursuite de l'opposé ne peut jamais connaître cet amour. Il est à jamais préoccupé de devenir non violent, ce qui est toujours une expression du soi, qu'elle soit positive ou négative, qu'elle affirme ou qu'elle nie. Il nous faut abandonner l'idéal pour résoudre le problème de la souffrance. La connaissance, qui est un simple jeu de la mémoire, doit être mise de côté parce que le présent ne peut être saisi à travers le passé ; mais le passé ne peut être compris que dans le présent. Le problème de la violence ne peut être résolu par la pensée, parce que la racine de la pensée est la même que celle de la violence. Ce n'est qu'avec la cessation du processus de la pensée que finira la violence. Le processus de la pensée cesse quand celle-ci est alerte tout en demeurant avertie et vigilante. Dans cette conscience éveillée, il n'y a ni condamnation, ni justification, mais la compréhension totale de ce qui est. Cette cessation de pensée est l'Être et l'Être est toujours créateur. Alors seulement existe la Réalité dont il nous faut découvrir la béatitude.

La violence à travers le monde ne peut être vaincue par aucun plan d'action, qu'il soit de gauche ou de droite. La violence est le symptôme d'un vide intérieur que ni violence, ni non-violence ne peuvent combler, car la lutte même pour combler ce vide conduit à d'autres violences. Pour être libérés de la violence, il nous faut comprendre ce vide. Pour que nous comprenions ce vide, il faut que cesse la distraction qui n'est qu'une fuite. La cessation de la distraction amène la solitude et non l'isolement. La solitude est la libération de la créance en la forme, la libération de toutes les entraves qui encombrent notre vie. Dans cette liberté, la seule Réalité vient à Être.

Ce n'est par la suppression d'aucune chose, ni de la haine, ni de la violence, que naît l'amour. Seul le saura celui qui est averti de la violence, qui ne s'en est pas détourné et ne l'a pas camouflée sous un idéal qui, lui-même, est encore violence, à la fois dans son intention et dans son résultat.

L'amour n'est pas le but, le terme éloigné de quelque épuisant sentier ; il est caché dans l'acceptation de l'effectif et par là du Réel. Dans l'amour de la vie est la Vérité. La Vérité seule peut nous rendre libres et dans la libération seule peut exister l'amour.

Cette libération n'est pas l'indépendance qui est tout simplement l'isolement. Cette libération ne connaît pas les frontières marquées par l'homme. C'est la libération de l'esprit, née d'une compatissante compréhension. Cette libération est toujours individuelle ; elle n'est jamais politique ou économique. Elle est toujours le fruit d'une découverte intérieure. Nul ne peut l'accorder et elle n'est pas non plus le fruit d'un combat. Elle vient à l'être silencieusement et rapidement, quand l'esprit est alertement mais passivement conscient de ses propres limitations.

Seule cette libération peut renouveler le monde. Ceux-là seulement en qui elle est née sont véritablement des non-violents parce qu'ils sont sans violence devant la Vérité. Ils sont les plus grands révolutionnaires de la révolution qu'apporte le Réel. (pp. 213-218)

Voir aussi: La manière de vivre, par J. Krishnamurti | L’enseignement de Krishnamurti, par M. Jalambic

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