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Krishnamurti - Sur la peur (1)

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JIDDU KRISHNAMURTI

Carnets

© The Krishnamurti Foundation Trust Ltd, 1976.
© Éditions du Rocher, 1988, pour la traduction française.
© Éditions du Rocher, 2010, pour la présente édition.

Avant-propos de Mary de Lutyens

Traduit de l'anglais par Marie-Bertrande Maroger
et Béatrice Vieme pour l’édition augmentée

Sur la peur

Paris, 14 septembre 1961

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Il y a la peur. Elle n’existe jamais dans l’instant, mais se situe soit avant, soit après le moment présent. Est-elle encore la peur quand elle se manifeste dans le présent en action? Elle est là, on ne peut y échapper, aucune évasion n’est possible. Mais au moment du danger, qu’il soit physique ou psychologique, quand l’attention est totale, il n’y a pas de peur. C’est le fait même de l’inattention qui engendre la peur; elle surgit s’il y a fuite ou tentative d’éviter le fait; dans ce cas, cette fuite elle-même est la peur.

La peur sous toutes ses formes, culpabilité, anxiété, espoir, désespoir, est présente dans chaque relation; elle est là dans toute quête de sécurité ainsi que dans le soi-disant amour, l’adoration; présente aussi dans l’ambition et le succès, dans la vie et dans la mort, elle imprègne les choses physiques comme les facteurs psychologiques. La peur existe sous tant de formes et à tous les niveaux de notre conscience. C’est elle qui engendre la défense, la résistance et le refus. Peur de l’ombre, de la lumière; peur du départ, de l’arrivée. Elle commence et prend fin dans le désir de sécurité intérieure ou extérieure, le désir de certitude, de permanence. Cette continuité de la permanence, on la cherche partout, dans la vertu, les relations humaines, l’action, l’expérience, le savoir, dans les choses extérieures ou intérieures. La recherche de sécurité est l’éternelle aspiration. C’est cette demande constante qui engendre la peur.

Mais, intérieure ou extérieure, la permanence existe-t-elle? Peut-être jusqu’à un certain point, du moins extérieurement, mais là encore, elle est précaire. Il y a les guerres, les révolutions, le progrès, les accidents ou les séismes. Les hommes ont besoin de nourriture, de vêtements, d’abri; c’est essentiel et nécessaire pour tous. Quoique nous la cherchions aveuglément, non sans raison, existe-t-il une certitude, une continuité intérieure, une permanence? Cela n’existe pas. La peur est une fuite devant cette réalité. Notre incapacité à affronter cette réalité entretient toutes les formes de l’espoir et du désespoir.

La pensée elle-même est la source de la peur. La pensée est temps; le lendemain envisagé peut être joie ou souffrance; s’il est agréable, la pensée le poursuivra, craignant qu’il ne cesse; s’il est pénible, elle l’évitera et ce fait même sera la peur. Le plaisir comme la souffrance sont cause de peur. C’est la compréhension du phénomène de la pensée, du mécanisme de la mémoire, de l’expérience, qui met fin à la peur. La pensée est tout le processus de la conscience, de l’apparent comme du caché; la pensée n’est pas seulement son objet mais sa propre origine. Elle n’est pas seulement croyance, dogme, idée ou raison, elle est aussi le centre dont ils émanent. Ce centre est l’origine de toute peur. Mais existe-t-il une expérience de la peur ou une prise de conscience de sa cause d’où la pensée prendrait son envol? Physiquement l’autoprotection est normale et saine, mais intérieurement, toute autre forme d’autoprotection est résistance, elle recueille et accumule toujours une énergie qui est la peur. Mais cette peur intérieure transforme le besoin de sécurité extérieure en un problème de classe, de prestige, de pouvoir, qui a pour conséquence la brutalité compétitive.

C’est la vision de ce processus de la pensée, du temps et de la peur, perçu dans son intégralité, et non pas en tant qu’idée ou formule intellectuelle, qui met totalement fin à la peur, consciente ou secrète. La compréhension de soi-même est l’éveil et la fin de la peur.

Et quand cesse la peur, cesse également le pouvoir d’engendrer l’illusion, le mythe, les visions et leur cortège d’espoirs et de désespoirs, et alors seulement commence ce mouvement qui va au-delà de la conscience, laquelle est pensée et sentiment. C’est l’élimination dans les replis les plus secrets, des désirs, des besoins profondément cachés. Alors, quand le vide est total, qu’il n’y a vraiment plus rien, pas d’influence, de valeur, de frontière ou de mot, alors, dans une immobilité totale du temps et de l’espace, apparaît ce qui n’a pas de nom. (pp. 156-159)

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