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Râmeshvar Jhâ, La liberté de la conscience

Extrait du site : La Vache Cosmique


L’unique conscience, la Bienheureuse, éternelle, brille les yeux grand ouverts.

Elle fait don de toutes les béatitudes.Limpide, elle dissoud et crée. –1–


Apparence spontanée,l’unique conscience brille.

A la fois distinctes et identiques, les choses apparaissent en elle. 2


Car elle est la condition ultime, l’Apparence qui fait apparaître le reste.

Génitrice de Śiva, de Brahmā et des autres (êtres), Elle a pour forme propre une éternelle béatitude. 3


Ô Seigneur, mon amour pour Toi, surabondance de l’ultime béatitude, puisse t-il exister toujours !

Amour du non-manifesté pour le Non-manifesté, de l’éternel pour l’Eternel, 4


de celui qui possède une forme propre délimitée pour Celui qui possède une forme propre délimitée.

Puisse aussi l’amour de celui qui a un corps exister de façon limitée Pour celui qui prend appui sur le corps. 5


En se remémorant ses pieds, il ne reste plus rien à accomplir :

Hommage à lui ! Hommage à mon maître orné d’amour (pour Śiva) ! 6


Je célèbre le Seigneur, l’Un, le Soi, l’Indivis, le Non-manifesté, manifesté à travers de nombreuses formes

telles que Rāma, Śiva, Brahmā, Gaṇeśa, Sītā, Satī la Parole, la Puissance infinie. 7


Sans second, dépourvu de corps, Śiva m’accompagne éternellement grâce à la Puissance de souveraine liberté.

Bien qu’il soit apparent parce qu’il est Apparence évidente, il s’incarne par compassion dans une forme de béatitude. 8


Je suis la racine de l’univers, spontanément accompli,Apparence inninterrompue, sans connaissance.

Doué d’une Puissance de souveraine liberté, je suis manifestation multiple.

Dans le monde des hommes, je brille ici-bas (tel) un soleil incarné. 9


Avant l’expérience du bonheur, après celle du malheur, et aussi lorsque que ces expériences ont cessé, j’apparais.

Je suis toujours présent sous forme d’Apparence. 10


Dans ces quelsques stances tirées de La liberté absolue de la conscience, « briller » et « apparaître » traduisent prakāśa et bhāna, qui ont justement ce double sens. Littéralement, ils désignent l’acte d’illuminer. Exister, en effet, c’est apparaître et être illuminé par la conscience. L’existence des choses est leur Apparence (prakāśamānatva). Du coup, cette philosophie n’a plus besoin de supposer une réalité cachée « derrière » les apparences. La réalité ultime est l’Apparence, mais l’Apparence – ou Lumière – indivise. Ce qui divise l’Apparence en apparences multiples, c’est la conscience (la « Puissance infinie » de la stance 7). Mais c’est aussi la conscience qui les unifie en elle-même. Car la dualité (entre les choses et entre les choses et nous) est elle-même Apparence ! Autrement dit, il ne peut y avoir dualité que dans l'absence de dualité. Le fait que l’Apparence (c’est-à-dire l’existence) semble se diviser, tout en demeurant indivise est sa liberté absolue, la souveraineté de Śiva.

Toutes choses apparaissent en moi Engendrées par moi, par le Soi.

Je les connais, je les crée, je les consomme Tel qu’elles se présentent.

Tout ce qui est vécu, connu, est l’Absolu, Vérité sans origine, Essence limpide.

Chaque jour, encore et encore, je désire ce fragment du Soi qu’est le monde ! 11


Ô esprit, mon ami ! Tu me racontes cette fable selon laquelle Tu es la Sagesse (manutām),

Selon laquelle depuis ma naissance je me suis conformé à toi.

C’est toi qui te conformeras à moi pour le restant de mes jours ! 12


Ô Seigneur ! Parce que je T’ai reconnu, Nulle dualité ne m’apparaît

En Toi qui est différent du réel et de l’irréel,

Eternel, dont la seule saveur est celle de la non-dualité. 13


Ô Seigneur ! Parce que je T’ai reconnu,

Que l’univers entier soit absolument indifférent de Toi

Pour moi qui ai réalisé L’unité avec Toi ! 14


De même que Tu es l’unique possesseur de la Puissance -

Bien que Tu sois doté d’innombrables Puissances -

Que ma parole soit, de même, absolument Une,

Ayant pour essence (l’acte) « je ». 15


Tu as l’univers pour forme, Tu es l’univers.

Tu es aussi sans forme, Ô belle forme !

Différencié et indifférencié, Tu es Un.

Nulle part la dualité ne m’apparaît. 16


Que la dualité ou la non-dualité apparaisse,

Il n’existe aucune dualité pour moi.

Toute apparence est Ta Présence

Comment la dualité pourrait-elle m’apparaître ? 17


Notre Soi est établi : c’est Lui qui toujours

Illumine l’univers (créé) par Brahmā.

Brahmā, Viṣṇu, Śiva et les autres

Ne créent qu’en Lui. 18

[Le Soi est établi/existe/crée. Tout le reste n’établit/prouve/existe/crée qu’à travers Lui]


Il transcende l’objectivité,

Il n’est ni saisissable ni démontrable

Mais Il est spontanément Apparent.

On ne peut dire « Il est ainsi » ou « Il n’est pas ainsi ». 19


En réalité, l’Apparence de cet Un ne dépend de rien d’autre.

Au contraire, l’apparence du soleil

Et de tout ce qui n’est pas le Soi

Dépend d’un Autre. 20

[L’apparence/la lumière du soleil dépend de l’Apparence/Lumière qui est le Seigneur]

Parce que j’ai reconnu Śiva, le Soi,

je suis Apparent,

je suis fortuné, je suis accompli :

Que reste t-il d’autre ? 21


Ô Seigneur ! Ta remémoration

Fait se résorber le psychisme (citta)

Porteur de toutes les impressions

Et révèle l’union intime avec Toi. 22


Tu es toujours présent et Apparent.

Et pourtant, je Te garde présent

Afin de réduire à néant

Cette délimitation qu’est l’apparence du corps. 23


Ayant oublié l’impression du corps,

ne visant que Toi,

Le bonheur suprême engendré par l’identité avec Toi

sera mien. 24


L’être incarné qui Te remémore sans cesse

Ô Seigneur, est heureux.

Je crois que c’est par désir pour ce (bonheur)

Que Tu t’es incarné après avoir créé le monde. 25


Pour celui qui ne fait qu’un avec Toi,

Qui Te remémore jour et nuit,

Qui a obtenu la divine béatitude,

Pour lui il n’y a pas de différence entre plaisir (bhoga) et délivrance (mokṣa). 26


[bhoga désigne l’expérience affective en général (joie, peine, etc.) ainsi que les renaissances paradisiaques et les pouvoirs surnaturels]


L’âme dotée de toutes les facultés, caractérisée par la finitude,

Brille dans le Cœur.

Tout ceci apparaît dans Ta Présence,

Car, Ô Grand Seigneur, Tu pénètres le corps et le reste. 27


Lui qui embrasse toutes choses, Lui qui est plus grand que le Grand,

Dieu, se tient Un, océan de compassion.

C’est Lui que je suis. Je ne suis pas séparé de Lui,

Puisque rien n’est séparé de Lui. 28


Pour ceux qui voient l’univers entier, macrocosme et microcosme, comme engendré par leurs propres Puissances, pour ceux qui goûtent aussi cet objet (à la fois) éternel et cependant actuel, pour ceux qui perçoivent l’existence et l’expérience mondaine - stable ou éphémère - comme ce bien-être qu'est le Soi, pour eux qui ont obtenu le Fruit en voyant les pieds du maître, le monde est leur propre Soi. 29


[L’univers est le Soi. Donc toute expérience est expérience du Soi, à la fois « éternel et cependant actuel »]


Il y a des fortunés qui reviennent dans le monde pour sauver les êtres.

Ils sont Śiva, ils ont reconnus la réalité par la grâce du maître et de la divinité qu’ils ont adoré avec foi.

Présents dans le royaume terrestre, ils n’ont d’autre corps que la pure conscience.

Pour eux qui sont immergés dans la béatitude du Soi, il n’existe ni bonheur ni souffrance. 30

Bien que je sois Un, je suis fait de toutes choses, infini.

Je suis Apparent, depuis le Temps jusqu’au moustique.

Pour moi, rien à adopter, rien à rejeter.

La voici, cette Puissance créatrice qui est vibration ! 31


[le « Temps » est ici l’une des cinq catégories qui définissent la dualité, avec la Nécessité, l’attachement, la capacité, le savoir (limité). Autrement dit, cette seconde ligne signifie que le Soi est, aussi, l’apparence de la dualité désignée par le terme « Māyā »]


Dépourvu des altérations artificielles liées à la quête du Soi, demeurant fermement en mon Soi/en moi-même,

Toujours vierge de tout soucis, je suis vide de tout affairement.

Je suis dépourvu de l’alternative conscient-inconscient.

A l’extérieur, je n’ai nulle conscience du temps, du lieu, de la position.

Je suis incolore. Ma conscience est un océan de béatitude naturelle. 32


Ma forme propre est prise de conscience de l’Apparence qui est le Soi/de ma Manifestation.

Elle ne dépend de rien d’autre.

On la célèbre comme « Principe-Conscience ». 33


Par conséquent, son Apparence est parfaite sans effort,

Car les phénomènes apparaissent inséparables d’elle. 34


Si les phénomènes n’étaient pas identiques à l’Apparence,

Leur apparence n’aurait pas lieu puisqu’ils ne seraient pas apparents ! 35


[Cette stance illustre bien le jeu de mots basé sur prakāśa et ābhāsa, qui signifient à la foit illuminer, briller et apparaître]


En effet, l’univers devient apparent en moi qui suis l’Apparent.

Je deviens Apparent lorsque l’univers est apparent. 36


Car l’univers n’existe pas sans moi, ni moi sans l’univers :

L’univers et la conscience – le Soi – sont toujours inséparables. 37


Le sens du mot « je » est Śiva, éternel.

Il est appelé « le Brahman suprême ».

Je suis éternellement Apparent.

Je suis éternellement celui qui fait apparaître/illumine l’univers. 38


Connaissant l’omniprésent, indéfinissable, parfait/complet, sans activité, masse de félicité,

je jouis de Dieu, adorable, le Soi, impérissable. 39


Ce qui m’apparaît indivis, en forme de félicité et de conscience, éternel,

C’est ce que je vois et que je suis, plein/parfait, omniprésent, évident (svarāṭ). 40

J’ai fait ce qu’il y avait à faire.

Je suis comblé.

Je repose en moi-même, par moi-même.

Bien que transmigrant et incarné,

Je ne succombe pas à l’égarement. 41


Je suis félicité et conscience, je suis toujours délivré.

Mon corps est toujours plongé dans la félicité et la conscience.

L’univers apparaît tel un tout de conscience et de félicité.

Rien n’apparaît séparé de la félicité de la conscience. 42


Ce que je désire être et percevoir encore et encore,

Ce à quoi j’aspire tant et plus en vue d’une satisfation toujours illusoire,

Cela, ce filet de mes imaginations, je le laisse à présent :

Je repose en ma propre essence éternelle, conscience immaculée,

Belle, bonne et vraie (satyam śivam sundaram). 43


Ce que je perçois chaque jour et que je m’efforce de comprendre,

Ce que je désire goûter longtemps après l’avoir obtenu,

Tout cela se révèle n’être que mon imagination,

Un quasi-néant voué à disparaître.

L’ayant laissé, je suis appaisé, immaculé, éternel, établi, sans rien à accomplir. 44


Voici que j’ai passé ma soixante-et-unième année, et

J’ai découvert la conscience.

Nulle part, jamais je n’avais vu la paix

Promise par les mots « pluie d’ambroisie ». 45


Quoi qu’il apparaisse en moi dont le corps est Apparence limpide, libre et sans-second,

C’est sous ces formes que j’apparais toujours, fulgurant en tant que corps.

Mais délaissant la fragmentation engendrée par la durée, je me tiens en mon essence.

Là, je suis établi dans la grande lumière, à la fois support de toutes choses et vide de toutes choses. 46


Je ne suis ni le corps ni les organes ni le vide non plus.

Je suis incolore, je suis sans savoir.

Accompli, je ne suis pas une chose à accomplir.

Je suis éternellement baigné de paix, loin de tout affairement et nécessité.

Comblé, je suis plein à raz-bord de tout ce qui est désirable, je suis limpide, sans attentes. 47


Ce que je suis, c’est le seigneur éternel.

Partout j’apparais.

Je suis ce dieu qui est Śiva et la Puissance,

Je suis stable, éternel, sans-second. 48


Certains te remémorent jours et nuit sous la forme du seigneur Rāma.

Certains vénèrent la lumière toujours sereine, le suprême firmament de la conscience.

D’autres connaissent le Brahman suprême, leur esprit occupé par leur objet.

Mais moi, ô Dieu ! je te vois ici-bas, éternel, un, pur, fait de tout. 49


Quand une chose apparaît, j’apparais.

Quand j’apparais, alors elle apparaît.

Cette objectivité qui fragmente l’Apparence

Repose en moi qui suis Apparence. 50

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