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NICOLAS FROISSARD

L’aventure intérieure

Extrait du N° 77 de la revue Interdépendances, (pp. 53-55).

Le point commun entre le block buster Avatar et Jiddu Krishnamurti ? Le lien, entre l'être humain et le monde qui l’entoure. Pour l'inclassable auteur, il faut se libérer des dogmes, des idées préconçues, du savoir en général, pour trouver la Vérité, entendue comme l’appréhension de sa propre individualité et du monde, dans leur globalité... C’est la condition d’une société pacifiée.

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Jiddu Krishnamurti est né le 11 mai 1895 à Madanapalla en Inde, au sein d'une famille de brahmanes. Les premières années de sa vie furent difficiles. Souvent battu à l’école comme à la maison — il n’est pas jugé suffisamment intelligent et on le prend même parfois pour un attardé —, il est également confronté très tôt à la mort : sa mère et cinq de ses dix frères et sœurs disparaissent précocement. Effacé, maladif et chétif, rien ne le prédestinait à devenir la superstar d’un courant de pensée international. C’est pourtant ce à quoi le destine la société théosophique [1] qui voit en lui le « véhicule » de « l’Instructeur du Monde attendu ». Rien de moins. Krishnamurti et son jeune frère sont en effet repérés en 1909 par Charles Webster Leadbeater, une éminence de la société théosophique au sein de laquelle leur père travaille. Leadbeater décèle en Krishnamurti la « plus merveilleuse aura qu’il ait jamais vue, dépourvue de toute particule d’égoïsme ». La société théosophique les prend alors sous son aile — allant jusqu’à gagner leur garde devant la justice au détriment de leur père — pour parfaire leur éducation, d’abord à Madras puis en Europe.

L’individu, une petite entité “misérable et frustrée” Modifier

Mais en 1929, Krishnamurti tourne le dos à ses tuteurs. La mort de son frère, avec qui il partageait cette vie à laquelle ils n’auraient pu prétendre, semble accélérer son processus de « libération », de révolution intérieure. Il pose cette même année les bases de son futur enseignement : « Il n’y a rien là de tellement extraordinaire puisque je ne veux pas de disciples et je tiens à le dire. Dès le moment où l’on suit quelqu’un, on cesse de suivre la Vérité... Je ne me préoccupe que d’une seule chose essentielle : libérer l'homme. Je désire le libérer de toutes les cages, de toutes les peurs, et non pas fonder des religions, de nouvelles sectes, ni établir de nouvelles théories et de nouvelles philosophies. » [2] Lors des innombrables conférences qu’il donnera au cours de sa vie à travers le monde, Krishnamurti le répétera sans cesse : chacun doit être son propre maître et son propre disciple, et ce dans le but d’être libre, et personne ne peut montrer à un individu le chemin qui mène à cette liberté. Krishnamurti préfère d’ailleurs le terme d’être humain à celui d'individu : « L’individu est une petite entité conditionnée, misérable et frustrée, que satisfont ses petits dieux et ses petites traditions, tandis que l’être humain se sent responsable du bien-être total, de la misère totale et de la totale confusion du monde. Chacun de nous est l’entrepôt de tout le passé. L’individu est l’humain qui est toute l'humanité. L’histoire entière de l’homme est écrite en nous-mêmes. » [3]

S’affranchir... Modifier

En nous transformant chacun, nous transformons le monde: « Nous sommes chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l’agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent » [4] ; « Notre transformation affecte l’humanité. Par imprégnation, par transparence, par capillarité. Par cercles concentriques. Une seule goutte d’eau suffit à faire jaillir le Gange » [5].

Pour lui, la libération de l’homme passe par son déconditionnement : « La liberté sous-entend que l’esprit se libère totalement de tout conditionnement, n’est-ce pas ? En d’autres termes, pour se déconditionner — ne plus être hindou, sikh, musulman, chrétien ou communiste — l'esprit doit être complètement libre. Car cette division entre les hommes, en tant qu’hindous, bouddhistes, musulmans et chrétiens ou Américains, communistes, socialistes, capitalistes, etc., engendre le désastre, la confusion, le malheur et la guerre. » [6] Il s’agit alors d’observer le mouvement de son esprit, le mouvement de tout son être, sans condamner ni se justifier, de voir, voir en nous-mêmes et voir le monde, en totalité et sans le moindre filtre, en écartant l’influence de ce qui nous a façonné : « Nos nationalités, nos castes, nos classes, nos traditions, nos religions, nos langues ; par l’éducation, la littérature, l’art, par des coutumes, des conventions, des propagandes... » [7]

... pour voir Modifier

C’est la méditation qui permet cette libération. Krishnamurti conteste les experts de la méditation, ceux pour lesquels pour méditer il est nécessaire d’adopter telle ou telle posture, de vider son esprit ou le remplir de telle ou telle façon... pour lui, il n’y a qu’une méditation, celle qui n’appelle pas à suivre un système, et consiste simplement à « être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment ; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir en eux [...] Ainsi la méditation peut avoir lieu alors que vous êtes assis dans l'autobus, ou pendant que vous marchez dans un bois de lumière et d’ombres, ou lorsque vous écoutez le chant des oiseaux... » [8]

GRÂCE À CETTE PROFONDE ATTENTION À SOI ET À CE QUI NOUS ENTOURE, ALORS ON VOIT, ET VOIR C’EST AGIR : « Le désordre, ce sont les contradictions, la confusion, la diversité des désirs péremptoires, les actes démentant les paroles, les idéaux auxquels on s’accroche, et le clivage entre soi-même et ses idéaux. Le désordre, c’est tout cela, et lorsque vous en prenez conscience et que vous y accordez votre attention pleine et entière, cette attention fait éclore l’ordre, c’est-à-dire la vertu — qui est quelque chose de vivant, que nul artifice, nulle pratique n’ont jamais défiguré. » [9] De même, la compréhension d’un problème dans sa globalité impulse-t-elle sa résolution. Voir ce qui est, c’est changer ce qui est. Voir c’est transformer : « l’attention même que l’on accorde à un problème est l’énergie qui le résout » [10]. Et il est nécessaire d’affronter dès qu’elle apparaît toute difficulté psychologique pour la résoudre immédiatement : « Pour vivre avec la jalousie, l’envie, l’inquiétude, il ne faut jamais s’y habituer, jamais l’accepter » [11] ; « si l’on permet à un problème de durer un mois, un jour ou même quelques minutes, il déforme l’esprit » [12].

Lorsque l'homme comprend son propre fonctionnement mais aussi celui du monde qui l’entoure, en ayant fait abstraction de son savoir et de son histoire et observé avec une totale attention « ce qui est », alors tout ce qui fait son malheur, et donc le malheur du monde en général, peurs, jalousie, possession, haine, disparaît. Krishnamurti fait confiance à la nature profonde et universelle de l’Homme. A la condition que nous nous libérions de nos entraves idéologiques. Rappelons-nous que nous vivons « une vie qui est celle de toute l'humanité » [13] !

Pour aller plus loin : Modifier

  • Krishnamurti, Se libérer du connu, Livre de poche, 2009
  • Zéno Bianu, Krishnamurti, Points, 1998
Krishnamurti, une œuvre colossale
Krishnamurti voyagea toute sa vie, poursuivant ses conférences dans le monde entier et visitant ses écoles. Décédé en 1986 a Ojaï aux Etats-Unis. à l âge de 90 ans, ses publications sont nombreuses. L’une des plus accessibles est « Commentaires sur la vie » qu’il avait publié sur les conseils de son ami Aldous Huxley. Ses entretiens, ses dialogues, son journal et ses lettres ont été rassemblés en plus de 60 volumes, dont une grande part traduite en de nombreuses langues. Des vidéos, deux films sur sa vie et de nombreuses bandes son permettent encore aujourd'hui de « rencontrer » Krishnamurti.
Tout savoir sur Krishnamurti
Le site francophone de l’association culturelle Krishnamurti est extraordinairement complet : citations, biographie, bibliographie, agenda des initiatives liées à l’auteur... www.krishnamurti-france.org
Krishnamurti et l'éducation
Pour Krishnamurti, l'éducation doit laisser une part importante à la connaissance de soi et à l’épanouissement de l'élève et de l’enseignant. Son intérêt pour le sujet le poussa à créer des écoles au sein desquelles le niveau scolaire devait être aussi bon qu’ailleurs, mais le diplôme et les examens n'y étaient plus les seuls objectifs. Plusieurs de ces écoles existent encore aujourd'hui ; si leur accès est limité à quelques privilégiés, leur expérience peut inspirer tous les pédagogues.
  • Krishnamurti, Réponses sur l’éducation, Pocket, Spiritualité, 2008. 213 p.

Notes et références Modifier

  1. Fondée à New-York en 1875, la Société théosophique est une association destinée à diffuser la théosophie, doctrine ésotérique orientaliste inspirée de l’hindouisme et du bouddhisme. L'organisation est présente sur tous les continents et possède des sections nationales dans une cinquantaine de pays.
  2. In L'éveil (Awakening), Mary Lutyens, Farrar, Straus relié, chap. 33
  3. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de proche, 2009, p. 11
  4. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p. 12
  5. Krishnamurti, Zéno Bianu. Points, 1996, p.74
  6. De la liberté, Krishnamurti, New Delhi, le 19 novembre 1967, p. 143-144, éditions du Rocher, 1996.
  7. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p.23
  8. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p .117
  9. Cette lumière en nous: la vraie méditation, Krishnamurti, Stock, 1999
  10. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p.93
  11. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p.70
  12. Se libérer du connu, Krishnamurti, Livre de poche, 2009, p.94
  13. In René Fouéré, La révolution du réel, Krishnamurti, Paris, le Courrier du livre, 1995. p. 174

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