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Nisargadatta

Ayant suivi Maharaj jusque-là, la plupart des visi­teurs ont une réaction étonnamment similaire : «Ce que vous avez dit est très profond et je pense le comprendre intellectuellement, mais que doit-on faire exactement pour vraiment vivre cela ?» demandent-ils. En enten­dant cela, parfois Maharaj cache une extrême frustra­tion, parfois il s'enflamme, mais en règle générale, il renvoie le questionneur à sa question : «Qui est cet "on" qui pense devoir faire quelque chose — et pour obtenir quoi ? Une fois qu'il est compris que l'entité ne constitue qu'un concept erroné, que le corps, comme tout autre phénomène, ne constitue qu'une expérience dans la conscience, et qu'il n'existe personne pour exercer la moindre volition, où est-il question que quelqu'un fasse quoi que ce soit ? Il n'y a qu'à comprendre — a-perce­voir. Etre parfaitement et totalement imprégné de cette aperception est le seul "faire" requis pour la libération; et aucune somme de " faire " n'octroiera la libération sans l'annihilation totale du concept erroné d'une entité indépendante jouissant de l'autonomie d'action. Le "Je" ne peut faire surface sans l'annihilation du "moi ". Quand le moi disparaît, vous êtes Je.»

Si la flèche a atteint sa cible, selon l'expression de Maharaj, il ne saurait plus s'élever aucune question. Mais l'aperception directe et intuitive des faits — le vol de la flèche — est entravée par l'interférence de la conceptualisation issue de l'intellect. La compréhension intellectuelle s'appuie sur la cause et l'effet, qui constituent l'un des aspects du dualisme temporel sur lequel se fonde la conceptualisation. La compréhension intuitive directe, en revanche, est intemporelle, et la cause et l'effet y sont un. C'est la compréhension intellectuelle qui conduit à demander : « S'il n'existe aucune entité autonome pour exercer la volition, comment parvenir à une vie non volitionnelle ?» Ou bien : «Comment est-on censé vivre et agir dans le monde ?»

A ce genre de question, Maharaj répond généralement : «Peu importe ce que vous faites, du moment que vous avez véritablement compris ce dont je parle. D'un autre côté, cela n'a aucune importance non plus que vous n'ayez pas compris ce dont je parle !» De toute évidence, ce qu'il faut voir, c'est que toutes nos expériences passées, si nous les analysions minutieusement, montreraient nettement que nos vies, au lieu d'être vécues par nous comme nous semblons le croire, sont en réalité vécues pour nous, comme celles des personnages de nos rêves ; et que par conséquent, la volition ne constitue pas un facteur significatif dans notre vie. En réfléchissant un peu, nous verrions combien, dans tout notre fonctionnement physique ou organique, la part qui dépend de notre volition est infinitésimale. «Combien de temps pouvez-vous vivre sans dormir, sans boire ou manger ? demande Maharaj. Combien de temps pouvez-vous aller votre chemin sans les mécanismes excrétoires du corps ? Combien de temps pouvez-vous rester sans respirer ? Avez-vous la volition absolue de rester en vie ne serait-ce que pour les cinq minutes à venir ? Avez-vous exercé votre volition au moment de votre conception — et pendant le développement du matériau ainsi conçu dans le sein de votre mère ?»

Quand Maharaj nous dit que ce que nous faisons n'a réellement aucune importance, c'est manifestement pour nous faire comprendre qu'il ne saurait exister aucune entité pour exercer la moindre volition réelle (qu'il s'agisse de faire ou de ne pas faire); et que ce que nous prenons pour le résultat de notre volition n'est que l'inéluctable. Lorsque cela correspond à ce que nous considérons agréable à ce moment-là, nous nous enorgueillissons de notre «action volitive» et nous en faisons un accomplissement personnel; et dans le cas contraire, cela devient pour nous un sujet de colère, de souffrance et de frustration. Assurément, dit Maharaj, accepter d'être l'auteur de ses actes, prendre pour acquis que ces actes sont le fruit de la volonté de quelque chose qui en réalité fait partie du fonctionnement total de la conscience, voilà la chaîne qui ligote l'individu manifesté dans « l'attachement » apparent — apparent car il n'existe aucune entité à attacher; et réaliser l'absurdité même du pseudo-sujet cherchant à agir indépendamment du fonctionnement qui relève du Prajnâ, voilà «l'éveil». Seule cette prise de conscience peut conduire à accepter sans partage et avec équanimité tous les événements qui peuvent se produire jusqu'à ce que la durée de notre plage de vie parvienne à son terme ; la vie étant ainsi vécue, il régnerait de toute évidence un sens très net d'une unité embrassant toutes choses — car alors les « autres» seraient perçus, non plus comme des objets d'un pseudo-sujet, mais comme des aspects manifestés de cette même subjectivité Absolue que l'on est. En d'autres termes, ce serait une vie de liberté, dans laquelle ne prévaudrait ni le faire positif, ni le non-faire négatif d'une pseudo-entité puisque, en l'absence de tout dessein, il n'existe aucune volition. Sans les désirs conceptuels, tous les actes seraient spontanés — l'acteur jouant son rôle dans cette pièce-vie, ou vivant son rêve vivant, en prenant la vie comme elle vient. Dès lors qu'il y a eu aperception de cela-qui-est, dit Maharaj, la vie tout entière devient ce qu'elle a toujours été, la Lîlâ, un «jeu».

Un jour qu'on lui demandait ce qu'il ferait dans une certaine situation, Maharaj répondit avec une candeur achevée : «Je ne sais pas ». Ce qui est absolument vrai car devant ce qui pourrait sembler des circonstances identiques, ses actions pourraient en différentes occa­sions être imprévisibles — et à chaque fois spontanées ! Maharaj dit souvent que ce qui est spontané est juste, car en l'absence de toute conceptualisation, le spontané est naturel et donc juste, sans le moindre raisonnement, sans la moindre comparaison ou sans le moindre rap­port de cause à effet.

Ecouter les paroles du guru constitue pour Maharaj la première des priorités. Le chemin le plus rapide vers la réalisation, dit-il (tout en soulignant amplement qu'il n'existe aucun « chemin» ni « personne » pour aller où que ce soit), est d'écouter (Shravana), considérer (Manana) et méditer profondément, ou devenir un avec ce que l'on a écouté et considéré (Nidhi-dhyasana). Même ces mots, exhorte Maharaj avec insistance, ne doivent être employés qu'à des fins de communication; une fois saisis leur propos et leur sens, les mots — tous les mots — doivent être jetés afin d'empêcher l'intellect de s'en emparer et de construire des structures concep­tuelles.

Maharaj affirme sans cesse que ses paroles ne s'adres­sent à nulle entité individuelle, mais à la conscience. Ses paroles s'élèvent de la conscience et sont destinées à la conscience. C'est la conscience qui doit écouter et une fois leur signification perçue intuitivement, il faut lais­ser les paroles se fondre dans la conscience. Si c'est un «individu» qui écoute, avec l'intention d'en tirer quelque bénéfice en passant par l'intellect, tout sera perdu. De fait, c'est précisément l'interférence de l'intellect qu'il faut éviter. Comme cela a déjà été clairement dit, c'est l'inanité de la pseudo-entité qu'il faut a-percevoir. Tant qu'il existe une entité qui écoute, comment les mots pourraient-ils accomplir même leur propos restreint — montrer la bonne direction, cette dernière menant hors de l'état manifesté qui constitue la source, et de l'entité, et des mots eux-mêmes ! Les mots ne peuvent déverser leur sens profond et subtil que s'ils sont reçus intuitive­ment, sans l'ingérence de l'intellect toujours prêt à tout interpréter; sinon, il n'en résultera qu'une compréhen­sion purement intellectuelle du monde « extérieur», par une entité qui se tient séparée de ce qu'elle a compris être illusoire ! Vous ne pouvez pas, dit Maharaj, extraire de la manifestation totale une minuscule parcelle qui serait vous, un vous séparé, et en même temps com­prendre cela-qui-est. Ce n'est que dans l'annihilation totale de la pseudo-entité que peut avoir lieu une aper­ception réelle.

Source : http://fr.sages.wikia.com/

Ramesh Balsekar, Les Orients de l'Etre

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