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B. : Pourquoi cette pensée d'être chef de famille ? La pensée que vous êtes sannyasin (renonçant) ne vous lâchera pas davantage, même si vous vous lancez effectivement sur les routes en renonçant à tout. Que vous continuiez à vivre au foyer, renonciez à celui-ci pour aller vivre dans la forêt, votre mental vous obnubilera. L'ego est la source de la pensée. Il crée le corps et le monde et vous convainc que vous êtes chef de famille. vous renoncez, il remplacera tout bonnement la pensée de la famille par celle du renoncement, et le décor du foyer par celle de la forêt. Mais les obstacles mentaux n'auront pas disparu pour autant. Ils augmenteront même considérablement dans votre nouvel environnement. Changer de milieu n'est d'aucun secours. Le seul et unique obstacle est le mental, et il faut le vaincre, chez soi ou dans la forêt. Si vous êtes en mesure d'y parvenir dans la forêt, pourquoi pas chez vous ? Pourquoi donc changer de cadre ? Vous pouvez faire des efforts dès maintenant quel que soit l'endroit où vous vous trouvez.

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D. : Est-il possible de connaître le samadhi tant qu'on est pris par des activités et qu'on travaille dans le monde ?
B. : C'est le sentiment « Je travaille » qui constitue l'entrave. Demandez-vous : « Qui travaille ? » Rappelez-vous qui vous êtes. Alors, le travail ne vous enchaînera pas. Il s'accomplira de lui-même. Ne faites aucun effort : ni celui de travailler ni celui de renoncer ; votre effort est l'asservissement. Ce qui est destiné' à se produire adviendra. S'il est dans votre destin de travailler,' vous ne pourrez y échapper ; vous serez contraint de vous atteler à une tâche. Donc, remettez-vous-en au Pouvoir Suprême. Que vous renonciez à une occupation ou bien la conserviez, cela ne dépend pas de votre choix.
Quand des femmes qui portent des jarres d'eau sur la tête s'arrêtent pour parler, elles font très attention et gardent leur mental concentré sur la jarre. Pareillement, lorsqu'un sage s'engage dans une activité, il garde le mental établi dans le Soi et son activité ne le distrait pas.


D. : Je crois que le célibat est nécessaire, même pour un chef de famille, s'il veut que sa recherche du Soi aboutisse. Ai-je raison ?
B. : Commencez par trouver qui sont l'épouse et le mari. Alors la question ne se posera pas.


D. : Brahmacharya [le célibat] n'est-il pas indispensable à la réalisation du Soi ?
B. : Brahmacharya signifie « vivre en Brahman » ; ce qui n'a aucun rapport avec le célibat tel qu'on l'entend d'ordinaire. Un véritable Brahmachari est quelqu' un qui vit en Brahman et trouve la béatitude en Brahman, lequel est identique au Soi. Pourquoi, donc, chercherait-il d'autres sources de bonheur ? En fait, c'est de s'éloigner du Soi que viennent tous les malheurs.


D. : Mais le célibat n'est-il pas nécessaire pour le yoga ?
B.: Il est une aide à la Réalisation, parmi beaucoup d'autres.


D.: Alors, il n'est pas indispensable. Un homme marié peut-il réaliser le Soi ?
B. : Certainement. C'est une question d'aptitude mentale. Marié ou pas, un homme peut réaliser le Soi, parce que le Soi est ici et maintenant. Si tel n'était pas le cas et si on ne pouvait l'obtenir qu'au prix d'efforts dans un temps à venir, si c'était quelque chose à acquérir, ça ne vaudrait pas la peine de le rechercher, parce que ce qui n'est pas naturel ne peut être permanent. Ce que je dis, c'est que le Soi est ici et maintenant et que LUI, seul, est.


D. : Est-il nécessaire de prendre sannyasa [faire un vœu de renoncement] afin d'atteindre la réalisation du Soi ?
B. : Sannyasa signifie renoncer à sa personnalité, non pas se raser le crâne ou porter des vêtements ocre. Un homme peut être chef de famille, mais, s'il ne pense pas en être un, il est sannyasin. D'autre part, il peut très bien porter des vêtements ocre et errer par les routes, mais, tant qu'il se prend pour un sannyasin, il n'en est pas un. Penser à ce renoncement annule l'effet du renoncement.
Qu'entendez-vous par « prendre sannyasa » ? Pensez-vous que cela signifie quitter son foyer ou revêtir des vêtements d'une certaine couleur ? Où que vous alliez, même si vous vous envolez dans les airs, votre mental ne veut-il pas vous accompagner ? Ou pouvez-vous le laisser derrière vous et partir sans lui"4 ?
Pourquoi votre profession ou vos occupations gêneraient-elles vos efforts spirituels ? Par exemple, il y a une différence entre les tâches que vous accomplissez chez vous ou au bureau. A votre bureau, vous êtes détaché et, le temps que vous vous acquittez de vos tâches, vous ne vous préoccupez pas de ce qu'il adviendra ou de savoir si votre travail se traduira en gain ou en perte pour votre employeur. Par contre, dans le cadre du foyer, vous faites tout avec attachement et vous vous demandez sans cesse si ça va vous profiter, à vous ou à votre famille. Mais il est possible d'accomplir toutes les activités de la vie avec détachement et de ne considérer que le Soi comme réel. Il est faux de supposer que, si quelqu'un est établi dans le Soi, il ne remplira pas convenablement les tâches qui lui incombent. Il est comme un acteur. Il revêt un costume, joue son rôle, et même éprouve des sentiments pour le personnage qu'il incarne, mais il sait pertinemment qu'en vérité il n'est pas ce personnage, mais quelqu'un d'autre dans la vraie vie. De la même façon, pourquoi vous laisser troubler par la conscience du corps, ou l'impression « Je suis le corps », dès lors que vous êtes persuadé que vous n'êtes nullement le corps, mais le Soi ? Rien de ce que fait le corps ne devrait vous perturber au point de vous faire quitter le Soi dans lequel vous demeurez. Cet état de permanence ne gênera pas davantage la parfaite exécution des tâches qui sont celles du corps, que la conscience qu'un acteur a de son véritable statut dans la vie n'entrave son interprétation d'un rôle sur la scène.


D. : Il a été catégoriquement affirmé que tant que demeure la moindre trace de l'idée « Je suis celui qui fait », il ne peut y avoir de Réalisation ; mais est-il possible à un chef de famille qui désire ardemment la Réalisation de remplir ses tâches sans cette idée ?
B. : Nul principe ne stipule qu'il faille forcément agir sur la base de l'idée « Je suis celui qui fait » et, par conséquent, il n'y a pas lieu de demander si les actions — et les diverses tâches qui sont les nôtres — peuvent être accomplies sans cette idée. Pour prendre un exemple de la vie courante, un comptable qui passe la journée au bureau à régler scrupuleusement les affaires qui se présentent peut donner à un observateur l'impression d'endosser toutes les responsabilités financières de l'institution qui l'emploie. Mais, sachant qu'il n'est pas personnellement affecté par les rentrées d'argent et les dépenses, il demeure dégagé et libre du sentiment « Je suis celui qui fait » pendant son travail, qu'il exécute pourtant à la perfection. De la même façon, il est tout à fait possible au chef de famille avisé qui recherche ardemment la Délivrance d'exécuter ses tâches dans la vie (lesquelles, après tout, constituent sa destinée) sans aucun attachement, et de se considérer comme un simple instrument nécessaire à l'accomplissement de ce processus. Envisagée de la, sorte, l'activité n'est pas un obstacle sur le chemin de la, Connaissance, et celle-ci n'empêche pas non plus un homme de remplir ses fonctions dans la vie. Il n'y a jamais contradiction entre Connaissance et activité, et la réalisation de l'une n'entrave nullement l'accomplissement de l'autre, et inversement.


D. : Quel sens peut avoir la vie d'un chef de famille spiritualiste obligé de consacrer tout son temps à gagner de l'argent pour subvenir aux besoins des siens, et quels bénéfices lui et sa famille en retirent-ils ?
B. : L'occupation d'un tel chef de famille qui travaille pour subvenir aux besoins des siens, sans même penser à son propre confort matériel, devrait être considérée comme un service désintéressé rendu à sa famille dont il doit satisfaire les besoins, car ainsi le veut sa destinée. Toutefois, la question peut se poser de savoir quel bénéfice cet homme retire de sa famille. La réponse est qu'il n'y a pas vraiment de bénéfice en retour pour lui, puisqu'il a fait de son métier un moyen de servir les siens et de suivre une démarche spirituelle, et qu'il finit par obtenir un parfait contentement en réalisant la suprême félicité de la j Délivrance, qui est l'ultime but de toute voie et la récompense suprême. Il se trouve donc dans une position où il n'attend rien des membres de sa famille ou de sa vie familiale.


D.: Comment un chef de famille constamment engagé dans l'exécution de ses devoirs domestiques, lesquels devraient naturellement le pousser à un surcroît d'activité, peut-il obtenir la paix suprême du retrait et du dégagement vis-à-vis de cette obligation, alors même qu'il est plongé en pleine occupation ?
B. : Ce n'est qu'aux yeux de I' observateur que le chef de famille éclairé semble être accaparé par ses tâches domestiques ; car, bien qu'apparemment plongé dans ses obligations, il est en fait dégagé de toute activité. Son activité extérieure ne l'empêche nullement de réaliser la parfaite paix du retrait, et il est libéré du besoin constant d'activité, même au milieu de ses occupations.
Visiteur : Devrais-je me retirer des affaires et me mettre à lire des livres sur le Vedanta ?
B. : Si les objets ont une existence indépendante, c'est-à-dire s'ils possèdent une existence propre en dehors de vous, alors il vous est loisible de vous retirer et de vous écarter d'eux. Mais il n'en est rien. Ils vous doivent leur existence, à vous et à vos pensées, comment donc pouvez-vous les quitter ? Pour ce qui est de lire des livres sur le Vedanta, vous pouvez continuer à en lire autant que vous voulez, mais ils ne peuvent que vous dire de réaliser le Soi en vous. Le Soi ne se trouve pas dans les livres. Il faut le trouver par vous-même, en vous-mêmes'".


D. : Est-il utile de faire voeu de silence ?
B. : Le silence intérieur est capitulation Et cela signifie vivre sans la notion d'ego.


D. : La solitude est-elle nécessaire à un sannyasin?
B. : La solitude se trouve dans le mental. Au plus fort du monde, un homme peut cependant conserver une parfaite sérénité. Une telle personne est toujours en solitude. A l'écart du monde, dans une forêt, un autre peut très bien demeurer incapable de maîtriser son mental. On ne peut dire de lui qu'il connaît la solitude. La solitude est une attitude du mental. Quel que soit l'endroit où il se trouve, un homme attaché aux choses de ce monde n'est pas en mesure de goûter à la solitude, tandis qu'un homme détaché est toujours dans la solitude'".


Comme cette réponse le donne à penser, Bhagavan n'approuvait pas les voeux de silence que certains font parfois afin de trouver une manière de solitude au sein de la société. Le silence authentique, enseignait-il, est un mental au repos. Si le mental est actif, on ne retire aucun bénéfice du fait de ne pas parler. Ce qui est nécessaire, c'est de contrôler à la fois la pensée et la parole.

Le silence de la solitude est forcé. La maîtrise de la parole en société équivaut au silence, car, alors, l'homme est véritablement aux commandes. Il doit y avoir un locuteur avant qu'il y ait parole. Si le mental du locuteur est occupé par autre chose, la parole est maîtrisée. Quand le mental est tourné au-dedans, il est actif autrement et ne tient pas à prendre la parole. Le but d'un voeu de silence est de limiter les activités mentales provoquées par la parole, mais si le mental est maîtrisé, c'est inutile et le silence devient naturel'".


Tant que le mental n'est pas prêt à obtempérer, il n'est même pas envisageable de renoncer à l'activité.


D.: En quoi l'activité aide-t-elle ? Ne se contente-t-elle pas d'accroître la charge déjà lourde qui pèse sur nous et dont nous devons nous débarrasser ?
B.: L'action désintéressée purifie le mental et l'aide à s'immobiliser dans la méditation.


D.: Mais supposez qu'on médite constamment sans activité...
B.: Essayez de voir. Vos tendances inhérentes ne vous permettront pas de le faire. La méditation ne se met en place que progressivement, avec l'affaiblissement progressif des activités mentales par la grâce du Gourou'".


Même à un homme ayant accompli sa destinée de chef de famille —il avait des enfants adultes en âge de le remplacer et, en accord avec la tradition indienne, aurait pu renoncer au monde —, Bhagavan ne donnait toujours pas son approbation.


D.: Je ne retire aucun plaisir de la vie familiale. Je n'ai plus rien à faire parmi les miens. J'ai fait ce que j'avais à faire et, à présent, il y a des petits-fils et des petites-filles dans la maison.
Devrais-je rester au foyer, ou partir de chez moi et m'en aller une bonne fois ?
B.: Vous devriez rester là où vous êtes à présent. Mais où êtes-vous au juste ? Etes-vous dans la maison, ou la maison est-elle en vous ? Existe-t-il une maison totalement séparée de vous ? Si vous demeurez établi dans votre propre endroit, vous vous apercevrez que toutes les choses se sont fondues en vous, et
pareille question deviendra inutile.


D.: Donc, si je comprends bien, je dois rester chez moi ?
B.: Vous devez demeurer dans votre véritable état.

Source : http://fr.sages.wikia.com/

Source : Ainsi parlait Ramana Maharshi, Arthur Osborne

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