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                                           La fin de la quête


Il faut connaître le soulagement de n'être plus un chercheur. Il faut, pour cela, en avoir connu la
douleur.
Le chercheur spirituel, à l'instar du chercheur «matériel», est toujours en quête, comme un de ces
logiciels qui fonctionnent en arrière-plan. La vie a la saveur de la quête et il manque toujours quelque
chose à l'instant.
Un jour, j'ai noté que les «instants pleins» (ceux où il ne semblait rien manquer) étaient ceux que je
vivais en présence de quelqu'un qui aurait atteint un état de grâce, un être éveillé, que je voyais
conscient d'une myriade de choses inconnues et certainement inaccessibles à ma pauvre petite âme
égarée. Cette compagnie était un apaisement et, longtemps, je ne me suis pas interrogé. Heureusement,
un jour nous sommes confrontés à la nécessité de voir. La compagnie apaisante était rare et le reste de
ma vie demeurait incomplet, mal vécu. La proximité du sage était un «cachet d'aspirine» pour mon
âme. Je ne dis pas qu'elle était «inutile», mais je ne vois pas qu'elle ait été «utile» non plus. Le déclic
se fait ailleurs.
Il y a deux projections fondamentales dans la quête : la première est celle de «l'état de grâce» et la
seconde celle de «l'âme égarée.» L'état de grâce est l'idée que le mental se fait de l'éveil et l'âme égarée
est la vision que l'ego a de lui-même. Les deux sont incompatibles, presque irrémédiablement, dans
cette vision. Alors, désespérés, il ne nous reste plus que le «cachet d'aspirine» occasionnel, le «calin
cosmique.»
Il n'y a pas d'état de grâce. L’éveil désigne autre chose qu'un état rare, quelque chose qui ne nous serait
pas familier. La distance qui crée la nécessité de la quête est la distance que nous créons avec «ce à
quoi nous nous éveillons». La réalité à laquelle nous nous éveillons est sans feu d'artifice, elle est
humble, plus qu'un homme ne peut l'être. Il n'existe pas de pouvoir particulier autre que celui de
l'Amour (qui est une disponibilité absolue à la Vie.)
La «compagnie du sage» a lieu en nous. Celui-ci n'est pas responsable de ce que nous vivons à son
contact parce qu'il n'a aucun pouvoir. Simplement, en cet instant, nous nous autorisons un Abandon
qui semble demander beaucoup de travail hors de cette rencontre. La compagnie du sage est une
compagnie avec soi qui, par un détour mental, nous semble possible dans cette situation-là. Par
conséquent, nous pouvons dire au revoir au sage et à sa compagnie apaisante, du moins en tant que
passage obligé ou ingrédient essentiel de l'éveil.
Il n'y a pas d'état de grâce ou bien nous en sommes l'obstacle.
L'obstacle dit : «Je suis indigne de cela !» «Ce n'est pas pour moi !» Cela étant, bien sûr, fondé sur la
vision de l'éveil par l'ego, forcément un peu tronquée. Dans la compagnie du sage, nous trouvons ainsi
l'apaisement de l'ego en négatif (celui qui se «sent nul») qui a le privilège d'être au contact d'un être
supérieur. La vie vécue dans cette quête permanente est une frustration. L'herbe est toujours plus verte
ailleurs, ou l'instant d'après et surtout «ce que je vis n'est pas complet, il manque quelque chose, il y a
quelque chose que je ne vois pas, que je verrai peut-être un jour !»
Comment attend-on le bus lorsqu'on est éveillé (Comment vit-on une situation ordinaire en présence
de Dieu ?) Pour le chercheur la question est latente. Ce qu'il vit est forcément inférieur à ce que peut
vivre un familier du Seigneur. La réponse est donc mystérieuse. Soit il n'attend plus le bus (cela est
réservé aux âmes égarées), soit il l'attend en compagnie de Dieu avec qui il entretient un dialogue que
nous ne sommes pas digne d’entendre. Dans les deux cas, on reste un chercheur et on attend le bus
impatiemment ou dans l'abattement.
Je vous pose la question : Comment attend-on le bus lorsqu’on est éveillé ?
La quête est fondée sur la distance. Il y a, en particulier, une distance que l'ego spirituel ne veut pas
lâcher et qui se rapporte au «besoin de grandeur.» Je rencontre toujours cette attente chez les
chercheurs spirituels invétérés. Quand l'éveil semble trop simple, que l'éveillé semble imparfait, l'ego
spirituel a toujours recours à ses autres créations : avatars, incarnations divines et leurs miracles. La
quête a toujours un peu les accents de la recherche du Père ou de la Mère parfaits, de celui ou celle
devant qui nous saurons enfin nous abandonner parce qu'ils sont dignes de confiance. L'ego spirituel a
des exigences. Il n'a pas l'intention de baisser les bras devant n'importe qui ! Et la quête prend alors la
forme d'un voyage autour du monde à la recherche de Dieu sur terre. Il faut aller en Inde ou en Europe
voir la toute dernière incarnation de la Mère Divine. Il faut toujours aller quelque part... et la tension
s'apaise le temps de la rencontre, justifiant une nouvelle fois la pérennité de la quête. Pourtant, la
merveille de la Vie est une flamme simple au cœur de cet instant présent, là, tout de suite ...


Source : T Vissac, Forum ISTENQS

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