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Quelques années plus tard, en 1957 ou 1958, je suis toujours à l'ashram et Krishnamurti est venu comme d'habitude à Bénarès pour l'hiver. Cette année, ayant probablement besoin de repos, il vit en demie réclusion et ne donne même pas d'entrevues privées.

Début mars, une française, madame B, célèbre pour ses recherches sur les réactions physiologiques dans les transes de YOGIS, vient me rendre visite à Bénarès. En cours de conversation, j'apprends que cette dame est théosophe, qu'elle a une grande admiration pour Krishnamurti mais n'a jamais eu l'occasion de le rencontrer personnellement. Un coup de téléphone à l'école de RAJGAT nous apprend que le maître est toujours à Bénarès car il a prolongé son séjour. Mais il ne sera pas possible d'obtenir une entrevue privée. Krishnanmurti ne sort de sa chambre que vers cinq heures du soir pour une promenade dans le jardin de l'école. C'est le seul moment où les visiteurs peuvent le voir. Nous décidons d'aller à RAJGAT le lendemain dans l'après-midi. Madame B n'a aucune question à poser mais désire simplement voir le maître. Un SANNYASI de l'ashram et un BRAHMACHARI (novice) désirant également avoir le DARSHAN de KRISHNAMURTI doivent nous accompagner. Notre ashram est sur la rive du Gange près de l'ASSI GHAT, à l'extrême sud de la ville_ L'école de RAJGAT est à l'autre bout de Bénarès, à l'extrême nord, tout près du fleuve. Nous pensons que faire le chemin en barque le long du fleuve serait le moyen de locomotion le plus agréable, sinon le plus rapide. Le lendemain dans l'après-midi, notre petit groupe descend les escaliers qui mènent vers le GHAT. Une barque de pécheurs doit nous mener à destination. (...)


Ce jour là, non seulement il pleut à verse, mais aussi des éclairs, le tonnerre et un vent furieux se sont mis de la partie. La barque réussit néanmoins à atteindre RAJGAT après avoir été passablement ballottée par les flots. Notre petit groupe entre par le grand porche de l'école et emprunte une longue et vaste allée qui mène vers le bâtiment où réside Krishnamurti. Sur le Gange au milieu de Bénarès, nous faisons tout à fait couleur locale. Il y a le DANDY-SANNYASI, membre de l'ordre fondé par SANKARACHARYA. Il est vêtu en orange et tient d'une main son DANDA, le bâton symbolique de la Connaissance et de l'autre, le KAMANDALOU classique des SANNYASIS de l'Inde (un pot à eau fait de bois spécial). Notre deuxième compagnon est un BRAHMACHARI de l'ashram au beau visage encadré d'une barbe noire et aux longs cheveux bouclés tombant sur les épaules. Mon visage blanc et rose jure un peu dans l'ensemble du décor mais ma barbe, mes longs cheveux et ma toge de SADHU en corrigent l'effet. Enfin, je crois. La présence de la femme parisienne n'a rien d'anormal car les visiteurs occidentaux ne sont pas rares à Bénarès. Nous semblons différents dans cette école de RAJGAT très occidentalisée. En effet, Krishnamurti déconseille vivement toutes les marques extérieures de spiritualité. Que ce soit les longs cheveux et la barbe ou la GEROUA (couleur des SANNYASI) et le demi DHOTI des BRAHMACHARI. Dans son entourage, il n'y a ni novices, ni moines, ni laïques. On est vêtu « comme tout le monde » et le plus souvent à l'européenne. Aussi, je crains que l'arrivée de notre groupe bariolé ressemble presque à une provocation. Après avoir quelque peu erré dans le vaste parc de l'école, nous finissons par découvrir la maison où loge le maître. Il pleut toujours et de temps en temps, un roulement de tonnerre se fait entendre. Le BRAHMACHARI pense que ce genre de mauvais temps est « de très bon auspice » pour rencontrer un sage. Nous nous nous abritons sous la véranda. La maison semble déserte. Pas de traces de visiteurs ni sur la véranda, ni dans le parc. Nous n'avons pas réalisé que par ce temps Krishnamurti ne ferait pas sa promenade habituelle et qu'il n'y aurait pas de DARSHAN ce jour là.

Un homme apparaît, sortant d'une des chambres du rez-de-chaussée. Il est un des secrétaires de Krishnamurti. Il nous confirme ce que nous avons déjà compris par nous-mêmes : le maître ne sortira pas pour sa promenade du soir. Nous décidons de retourner à notre ashram, quitte à revenir un autre jour. Nous nous apprêtons à partir. Sur ce, le secrétaire qui a disparu un moment revient et nous dit que Krishnamurti nous invite à venir le voir dans sa chambre au premier étage. Cette marque de délicatesse du grand maître me touche profondément. Le secrétaire nous guide jusqu'à la chambre du maître au premier étage. Krishnamurti nous reçoit avec une simplicité et une cordialité qui me va droit au cceur et m'étonne car je gardais en mémoire le visage d'un Krishnamurti impersonnel et distant, presque froid, tel que je l'avais vu à la B.H.V. Ici, sa cordialité semble si simple, si spontanée comme si nous avions été des amis de longue date. En Inde, la coutume veut qu'on fasse une offrande à un grand sage quand on va lui rendre visite, ne serait-ce que quelques heures. On nous avait dit que Krishnamurti n'acceptait aucune offrande et qu'il était opposé à cette pratique comme il l'est d'ailleurs à beaucoup d'autres coutumes de la tradition orthodoxe. Mon habitude de vivre parmi les hindous orthodoxes est tellement invétérée que je vais cueillir quelques roses dans notre ashram avec l'intention de les offrir au maître. Je le fais avec une légère appréhension. Une fois encore, Krishnamurti nous montre qu'il cache «,un coeur de BHODISATVA » derrière un intellectualisme en apparence froid et impersonnel. Il reçoit les fleurs dans les deux mains. Il a l'attitude et l'expression d'un homme qui reçoit une marque précieuse d'amitié. Quelques pétales sont tombées à terre. Krishnamurti s'accroupit sur le sol et ramasse une à une toutes les pétales comme pour signifier qu'il ne veut rien perdre de ce don précieux. Cet aspect inattendu du maître m'attendrit profondément. Il s'assied sur une natte à même le sol comme c'est la coutume en Inde et nous nous installons en face de lui. Nous sommes venus pour le DARSHAN et non pour le fatiguer avec des questions, d'autant plus qu'il ne fait pas de conférence à cette période et vit en réclusion. L'importuner avec nos doutes philosophiques serait de très mauvais goût. D'ailleurs, le « silence » d'un grand sage n'est-il pas le meilleur des discours ? Nous échangeons à peine quelques mots avec le maître. Puis le silence. Je.ne saurais dire comment cela s'est produit, mes paupières tombent et j'entre en méditation. Mes compagnons en font de même d'après ce que j apprendrai plus tard. Sauf le BRAHMACHARI qui garde ses yeux ouverts pour « observer le spectacle » me dira-t-il. Je ne saurai dire combien de temps cette méditation dura. Vingt minutes peut-être d'après les dires du BRAHMACHARI. Ce sera pour moi l'occasion d'une curieuse expérience ...

Source : http://fr.sages.wikia.com/

Sur la trace des Yogis, Vijayananda

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