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Il était une fois un moine qui se faisait remar­quer par son zèle extravagant. Il se levait plus tôt que les autres, méditait plus longtemps, excellait à chanter les soutras et frappait à la perfection le tambour du temple ; il se montrait toujours d'hu­meur égale et essayait de faire tout aussi bien que possible. Il vécut ainsi plusieurs années et devint finalement supérieur. Un beau matin, alors qu'il se promenait dans le jardin du temple, il se ren­dit compte qu'il vivait depuis déjà seize ans dans le monastère et qu'il n'avait toujours pas résolu le premier koan, le mu'-'koan. Les autres moines, dont la plupart n'étaient restés que trois ans au monastère, avaient non seulement résolu le mu-koan, mais toute une série d'autres koan. Tous, sauf lui.

Il y avait déjà réfléchi, bien sûr, mais il s'était toujours interdit de se laisser aller au décourage­ment. Le bouddhisme éveille deux sentiments chez le disciple convaincu, la compassion et le détachement. Être détaché de tout. Détaché signifie libre. Et la liberté mène à la sérénité. Mais voilà qu'au bout de seize ans, il en avait assez.

«Il vient un moment, se dit le moine, ou il faut reconnaître que quelque chose ne va pas. Ma formation monastique est un fiasco ; je suis resté seize ans ici pour rien. Puisque c'est ainsi, je m'en vais. »

Il se rendit dans la chambre du maître, entra sans frapper et dit : «Maître, je pars.» Le maître le regarda. Il n'eut l'air ni étonné, ni déçu. Il répondit seulement que c'était bien. Le moine prit ses affaires et quitta le monas­tère. Il alla vivre dans un petit temple aban­donné au flanc d'une montagne et ne fit plus aucun effort pour résoudre le koan. Il se levait chaque matin vers six heures, travaillait dans le jardin, réparait le temple pour que le toit ne laisse plus passer l'eau et pour que le plancher soit plus solide ; il allait plusieurs fois au village le plus proche pour mendier. Il restait boud­dhiste, il croyait toujours que Bouddha avait suivi le chemin octuple avec succès, mais il était convaincu que, lui, il n'y arriverait jamais et que, au fond, il s'en moquait. Surtout, il voulait vivre jusqu'à sa mort dans la plus profonde indifférence et sans se laisser ennuyer par un maître ou par un koan.

Quelques mois passèrent. Un jour, le moine travaillait comme d'habitude dans le jardin, il balayait et son balai détacha un petit caillou qui alla heurter un bout de bambou en faisant un bruit sourd. Lorsque le moine entendit ce bruit imprévu, quelque chose se débloqua en lui et il trouva brusquement la réponse au koan. Il laissa tomber le balai, courut vers la ville, arriva hors d'haleine devant le porche du monastère : là, le maître l'attendait.

Source : http://fr.sages.wikia.com/

Le miroir du vide, J. Van de Wetering

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