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Le prêtre dirigeait un petit temple zen, un îlot de calme et de beauté, à quelques kilomètres de Kyoto. Le temple était réputé pour son jardin et on l'avait confié à ce prêtre parce qu'il aimait par-dessus tout le jardinage. À côté de ce temple il y en avait un autre, plus petit, où habitait un très vieux maître zen. Il était si vieux qu'il ne pouvait plus former de disciples. Le prêtre prenait soin du vieux maître, sans qu'il y ait entre eux de relation officielle de maître à disciple. Le prêtre avait abandonné depuis longtemps l'étude du koan.

Un jour, le prêtre devait avoir de la visite, et il s'était dépensé toute la matinée dans le jardin pour qu'il soit le plus beau possible. Il avait balayé toutes les feuilles mortes et les avait jetées. Il avait arrosé la mousse, allant même jusqu'à la peigner par endroits, et il avait ajouté quelques feuilles là où c'était nécessaire. Son travail achevé, il contempla le jardin depuis son balcon, ne pouvant s'empêcher de penser que le paysage était parfait. Le vieux maître avait observé avec attention le travail du prêtre, appuyé à la grille qui séparait les deux temples.

« N'est-ce pas beau ? demanda le prêtre au maître. Ne pensez-vous pas que maintenant le jardin est comme il doit être ? Tout à l'heure, mes invités arriveront et je veux qu'ils trouvent le jardin dans l'état où les moines qui l'ont créé autrefois voulaient le garder. »
Le maître dodelina de la tête. « Oui, dit-il, ton jardin est beau ; mais il manque quelque chose. Si tu veux bien m'aider à passer par-dessus la grille et me poser dans ton jardin, je finirai ton travail. »
Le prêtre hésita : il connaissait un peu le maître et savait que le vieillard pouvait avoir des idées bizarres. Mais il ne pouvait aller contre la volonté d'un maître, car telle est la règle ; et que celui-ci soit à la retraite ne changeait rien à la chose.
Quand il eut déposé soigneusement le maître dans le jardin, celui-ci s'approcha lentement d'un arbre qui poussait au milieu d'un ensemble harmonieux de rochers et de mousse. C'était l'automne et les feuilles étaient en train de sécher. Le maître n'eut qu'à secouer légèrement l'arbre et de nouveau le jardin fut rempli de feuilles mortes éparpillées au hasard. « Voilà ce qui manquait, dit le maître, maintenant, tu peux me ramener. »

Source : http://fr.sages.wikia.com/

Le miroir du vide, J. Van de Wetering

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